Archives Mensuelles: octobre 2010

Pascale présente Le sang visible du vitrier, de James Noël

“je suis celui qui se lave les mains avant d’écrire”

Poète-vitrier, né à Hinche (Haïti) en 1978, James Noël est considéré aujourd’hui comme une voix majeure de la littérature haïtienne. Ses poèmes sont dits et mis en musique par des interprètes de renom tels Wooly Saint-Louis Jean, Pierre Brisson et tant d’autres.
Entre un hymne engagé à l’amour et une colère orageuse, se dégage de sa poésie, comme il se plaît à l’appeler, la « métaphore assassine ».


« Un vent salé nous vient du large avec la poésie de James Noël. Poésie toujours à double tranchant, sensuelle et tendre, violente et douce, âpre et sensible, poésie généreuse, soucieuse d’avancer, de partager le lot commun avec ses frères de peine, d’étarquer cette voile déchirée, celle de l’espoir d’un monde meilleur, sans cesse à construire et dont les mots du poète sont souvent les premières pierres. »

Jacques Taurand


Écoutez  des extraits de ce sublime recueil… (sur le blog de Pascale).


Il est toujours délicat de parler de poésie, tellement cette lecture reste une sensation et une émotion personnelles plus qu’un avis de lecteur.

« Nous ne sommes pas de cette rue

ne sommes pas de ce village

sommes pas de ce pays

pas de ce monde »

Dans les mots de James Noël tout se reflète et se fait écho, résonnent les blessures de son île, chante la sensuelle mélopée de l’amour.

Des textes en forme libre, empreints d’une force magistrale, nous emportant sur les hauts des vagues, puis dans l’apaisement de la passion, nous échouons comme enivrés d’un chant venu d’une culture colorée, chaude et sonore.

La spirale poétique tour à tour nous interroge et nous surprend agréablement, dans cette envie de lire à haute voix ces poèmes pour mieux entendre l’écho de l’auteur.

Tout à l’image du vitrier, il joue avec la fragilité et la transparence des mots pour mieux nous offrir la pureté et la clarté d’un instant poétique brodé sur la frange d’une mélodieuse sensibilité.

La brisure se ressent, le tranchant du verre nous effleure, et pointe alors la blessure profonde jaillissant au cœur du texte. Le sang coule dans les ravines d’un vécu, dans l’extrême douceur, l’auteur fait part d’un talent sans pareil à nous partager une certaine impuissance à nous épargner cette écorchure à vif, il y jette des vérités mais avec la délicatesse du poète en exergue : les rues / ces piétons de ma vie / que me circulent de travers / pierres et poussières m’ont lapidé / statue de sel en poudre fine / je suis le corps mort sur l’asphalte / ce fantasme de ma terre rebelle / ma terre de sang / dru maquillage / qui fait la une aux abattoirs.

Sur l’autre face de la vitre se mire la chaleur humaine, le chant sensuel de la passion, l’appel de l’amour dans un rêve sans fin : Le soleil que m’inventent tes seins / m’éclaire en pays de rêve d’allumettes / souffre qu’à la lune je colle une aile / pour maintenir juste équilibre / et que je pose une lampe / chaude confidence / dans un fond caché de la mer.

Il se livre à nu, sans pudeur ni honte, transparence d’une envie de crier au monde entier ce besoin de partager ses maux : Mes maux je vous les livre / jetez les livres puisqu’il ne s’agit pas d’écorce d’encre / ni de sèves bleues de poète d’îles / écartelées / mes maux / je vous les livre / prenez-les au vol / nus / comme des oiseaux sans plume / pour signer un temps / à tire-d’ailes / la lune a froid aux yeux / voilà que je vous parle sans maudire / la tempête cérébrale qui pense la mort / sous le vent / les tremblements de terre / sommant cette terre de ne pas trembler / sous la foulée des ombres folles / voilà que je vous parle / sans maudire / ma terre sur pilotis / avec du sang dans son parterre / terre ligotée.

C’est une poésie bouillonnante et franche, de cœur, de sang et de chair, de douleur et fatalité, d’amour et de passion, de blessures et de larmes, une poésie qui nous chavire et nous bouscule, nous étreint dans les bras d’un amer constat, nous sourit pourtant et nous caresse plus encore, un poète à la plume acérée glissant sur les courbes ondulantes de la vie. Un véritable chant qui se poursuit dans notre souvenir, un petit recueil à ouvrir souvent, à partager, à lire, à chanter.

Un poète à découvrir à lire, ce petit recueil m’a donné cette belle occasion et je remercie vivement les éditions Vents d’ailleurs pour ce très beau livre ainsi que toute l’équipe de Blog-o-Book.

Je vous laisse quelques liens pour affiner la connaissance de jeune poète à l’avenir prometteur.

Un article sur ce recueil : cliquez ici.

Le cœuritoire, le blog de l’auteur : cliquez là.

J’inscris ce livre au défi Poésie sur les 5 continents.


Cette chronique de lecture est originellement parue le 10 octobre dans Mot à mot, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Pascale.

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Catherine présente La perspective Nevski, de Nicolas Gogol

La perspective Nevski est une nouvelle de Nicolas Gogol parue en 1835 dans le recueil Arabesques.

Le titre russe est Невский проспект.

On trouve cette nouvelle dans les Nouvelles pétersbourgeoises avec Le nez, Le portrait, Le manteau, La calèche et Le journal d’un fou.


Nicolaï Vassilievitch Gogol (Николай Васильевич Гоголь) ou Mykola Vassyliovytch Hohol (Микола Васильович Гоголь) en ukrainien est né le 20 mars 1809 dans la région de Poltava (centre de l’Ukraine).

Après ses études, il a quitté son pays et a travaillé dans un ministère à Saint-Pétersbourg. Il a commencé à écrire dès 1829 (poèmes, nouvelles), est devenu professeur (un de ses élèves sera Ivan Tourgueniev), a rencontré Alexandre Pouchkine, a publié des contes, des nouvelles, du théâtre. Puis il a voyagé pendant 12 ans en Europe (Allemagne, Suisse, France, Autriche, Pologne) avant de retourner en Russie, à Moscou, où il est mort le 4 mars 1852.

Vous pouvez lire une bibliographie et une chronologie des œuvres dans l’intégrale Quarto.


« Il n’y a rien de plus beau que la perspective Nevski […]. » (page 575, première phrase de la nouvelle).

Vraiment ?

Après une description enjouée de la perspective Nevski et de ses passants du matin au soir, l’auteur s’attache plus particulièrement à deux personnages, deux jeunes hommes : le peintre Piskariov et le lieutenant Pirogov.

L’un d’eux aura un destin tragique…

« Comme le destin se joue mystérieusement de nous ! » (page 607).


L’humour de Gogol rejoint la pauvreté d’esprit et la noirceur de la vie dans ce récit parfait.

J’aurais voulu lire plus d’une nouvelle mais avec la rentrée littéraire, je suis très occupée.  Ce n’est que partie remise car, avec les Nouvelles complètes parues en janvier 2010 aux éditions Quarto Gallimard (1008 pages, 24,90 €, ISBN 978-2-07-012494-7) dans ma bibliothèque, je reprendrai assurément ma lecture de Gogol que j’aime beaucoup.


C’était ma lecture pour J’aime les classiques de septembre et je le présente aussi dans le cadre de Une année en Russie et pour le défi Nouvelles sur les 5 continents (Europe).

 

Cette chronique de lecture est originellement parue le 29 septembre dans La culture se partage, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Catherine.