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Catherine présente Grimms manga, de Kei Ishiyama

Grimms manga est un recueil de cinq contes de Jacob et Wilhelm Grimm adaptés et dessinés par la mangaka Kei Ishiyama. Il est paru aux éditions Pika en novembre 2009 et contient 167 pages de manga dont 4 en couleur plus 56 pages des contes originaux (9,90 €, ISBN 978-2-8116-0155-3).

Dans le cadre du Challenge BD de Mr Zombi, je me suis engagée à lire au moins un manga et j’ai eu l’occasion de lire Grimms manga, mais lorsque j’ai vu qu’il y avait aussi les textes des frères Grimm, je me suis dit que ça ferait un bon classique pour J’aime les classiques de juillet en espérant que Marie n’y verra pas d’inconvénient.

Jacob (1785-1863) et Wilhelm (1786-1859) Grimm sont les deux aînés d’une famille de Hanau (Allemagne) qui eut neuf enfants. Ils ont très tôt recueilli des contes allemands mais aussi nordiques en particulier danois. Les cinq contes qui suivent ont été publiés dans Contes de l’enfance et du foyer (deux recueils, 1812 et 1815). Pour ceux qui lisent l’allemand, les contes de Kinder und Haus-Märchen sont en ligne sur http://de.wikisource.org/wiki/Kinder-_und_Hausmärchen. Sur Grimmstories.com, de nombreux contes (dont Hansel et Gretel, et Raiponce) sont disponibles en français, anglais, allemand, espagnol, néerlandais, italien et danois. Vous trouverez l’intégrale des Contes de l’enfance et du foyer dans l’édition de José Corti parue en mai 2009 (1100 pages, 2 volumes, 50 €, ISBN 978-2714310002).


Le petit Chaperon rouge

Conte : Une fillette est envoyée par sa maman dans la forêt pour donner à manger et à boire à sa grand-mère seule et malade. Mais le petit Chaperon rouge rencontre un loup qui veut dévorer à la fois la grand-mère et la fillette.

Manga : Histoire totalement différente puisque le loup est ici un garçon-loup qui va demander la fillette en mariage !


Raiponce

Conte : Un couple qui a du mal à avoir un enfant est contraint de laisser sa fille à peine née à la sorcière qui a donné des raiponces de son jardin. La vieille femme enferme Raiponce dans une tour et y accède grâce aux cheveux que la jeune fille envoit par la fenêtre. Mais un jour, un jeune prince entend Raiponce chanter et en tombe amoureux.

Manga : Histoire adaptée puisque c’est l’inverse, le bébé enlevé par la sorcière est un garçon et c’est Éva, une paysanne qui entend le chant de Raiponce et en tombe amoureuse.


Hansel et Gretel

Conte : Hansel et Gretel sont abandonnés dans la forêt par leur père et leur marâtre. En essayant de touver leur chemin, ils sont attirés par une maison en confiserie où habite une sorcière qui veut les engraisser pour les manger.

Manga : Histoire adaptée avec un Hansel narcissique et une femme cruelle mais belle, fascinée par la beauté du garçon, puis par le courage de sa petite sœur.


Les douze chasseurs

Conte : Un fils de roi a promis à son père mourant d’épouser la princesse que le vieil homme a choisie pour lui. Il quitte donc la jeune fille dont il est amoureux mais celle-ci trouve un subterfuge pour être près de son bien-aimé : elle et onze jeunes filles se déguisent et deviennent les chasseurs du nouveau roi. Le lion du roi, « un animal étrange qui avait connaissance de toutes choses cachées et secrètes » prévient le roi du subterfuge mais le jeune homme ne croit pas son animal.

Manga : Le prince Maximilien est à la chasse avec sa bien-aimée, la princesse Christina, et l’aigle Fabian, lorsqu’il est appelé en urgence auprès du roi. Il promet à son père mourant d’épouser la femme qu’il lui a choisie et quitte Christina. Mais celle-ci se déguise en chasseur et se fait appeler Christian. Le chat Bastien qui devine tout et dit la vérité essaie de prévenir son maître en vain.


Les deux frères

Conte : « Il était une fois deux frères, l’un riche et l’autre pauvre ». Le riche est mauvais et le pauvre est bon mais il doit abandonner ses deux fils car ils ont mangé chacun un petit morceau de l’oiseau d’or de son riche frère. Les deux garçons sont recueillis par un chasseur, puis partent à l’aventure. Ils se retrouvent chacun avec un lièvre, un renard, un loup, un ours et un lion et se séparent. Un des deux frères tue un dragon et se prépare à épouser la fille du roi mais il est changé en pierre par un maléfique maréchal. Un an plus tard, l’autre frère arrive dans la même ville et découvre la vérité.

Manga (en deux parties) : Walter et Volker sont deux frères jumeaux tumultueux. L’histoire se déroule un peu différemment du conte, mais ils sont bien accompagnés des mêmes animaux. Walter tue le dragon et se réjouit d’épouser la princesse Anna, lorsque le ministre Gottlos le transforme en pierre et prend sa place. Heureusement Volker et les animaux vont le libérer et rétablir la vérité.


Tout le monde (ou presque) a déjà lu des contes, de Grimm, ou d’autres auteurs, mais il est vraiment agréable de les relire et de les comprendre en tant qu’adultes car de nombreuses choses échappent aux enfants ! En fait, on sait qu’il y a plusieurs niveaux de lecture dans les contes (des études ont été menées et des livres ont été rédigés comme L’envers des contes de René-Lucien Rousseau ou Ce que disent les contes de Luda Schnitzer).

Une mère qui envoie sa fille en pleine forêt à la merci de mauvaises rencontres (il a bon dos le loup, rappelez-vous Le roman du loup, de Claude-Marie Vadrot !), des parents qui laissent une sorcière prendre leur nouveau-né, d’autres parents qui abandonnent des enfants dans la forêt car ils ne peuvent plus les nourrir, un jeune homme qui pour obéir à son père quitte lâchement sa bien-aimée, etc. Les loups, les forêts, les sorcières, les maléfices, tant de choses qui font peur et qui sont utilisées pour montrer l’indigence des parents, la faiblesse, la lâcheté, la cruauté, etc.

Des histoires à méditer donc…

D’ailleurs, je vais sûrement relire d’autres contes car c’est quand même toujours un véritable émerveillement !


C’est la douzième bande dessinée que je présente dans le cadre du Challenge BD de Mr Zombi et c’est aussi mon classique pour J’aime les classiques de juillet.

Je la présente également ici dans le cadre de BD sur les 5 continents, pour l’Asie (j’avais dit que je lirais un manga).


Cette chronique de lecture est originellement parue dans La culture se partage, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Catherine.

Johan présente Là où vont nos pères, de Shaun Tan

Là où vont nos pères, de Shaun Tan

Dargaud, 2008, 120 pages, 15,50 €, ISBN 978-2205059700


Je vais faire d’une pierre, trois coups aujourd’hui. En effet l’ouvrage que je vais vous présenter entre dans le cadre de 3 challenges auxquels je participe : À la découverte d’un pays d’Everthkorus (consacré à l’Australie pour la première édition), le défi BD sur les 5 continents de Catherine (pour l’Océanie) et mon challenge BD. Eh oui aujourd’hui c’est encore mieux que le shampooing, c’est du 3 en 1 sur mon blog ^^

Là ou vont nos pères (The arrival en VO) est un album de BD franco-belge de Shaun Tan (auteur sino-australien donc j’espère que ça ira pour les deux autres challenges ^^) publié chez Dargaud dans la collection Long Courrier en 2008. À noter que cet album a reçu le Fauve d’or à Angoulême en 2008 (prix qui récompense le meilleur album).

Un homme quitte sa famille pour partir à l’étranger et tenter de s’en sortir là-bas, dans cet endroit où il ne connaît rien n’y personne et où tout lui est étranger.


Mon avis

J’ai envie de dire OUAHOU !!! On prend une bonne claque dans la gueule devant cet album. Déjà il faut savoir que vous ne trouverez pas le moindre texte, point de phylactères par ici, juste les dessins somptueux de Shaun Tan qui parlent d’eux-mêmes. Parfois les dessins s’étalent sur une double page, d’autres fois c’est une succession de petites vignettes semblables à des photos dans un album, ce découpage sert habilement le récit et renforce la beauté de l’histoire.

Cet album est un fantastique hommage muet à tous ces gens qui ont décidé de tout quitter et de partir dans un pays étranger dans l’espoir de pouvoir y vivre une vie meilleure pour eux et leur famille. Ces gens qui partent dans un endroit complètement inconnu, en ne parlant pas la langue, en ne connaissant rien des coutumes, etc., qui risquent tout avec seulement un espoir, celui de mieux vivre, d’assurer un avenir radieux pour leur famille.

Le fait qu’il n’y ait pas le moindre texte, fait également que chacun s’approprie l’histoire à sa façon, y voyant ce qu’il veut en fonction de son vécu, etc., en faisant ainsi un album abordable à tous les âges. En revanche cette absence de texte peut, peut-être, en déboussoler certains, puisqu’ici c’est au lecteur de comprendre et d’imaginer ce qu’il veut.

Les dessins sont entièrement dans des tons sépias, grisés, etc., qui donnent également l’impression d’avoir entre les mains un album de photos souvenirs, dont tous les instantanés mis bout à bout nous racontent l’histoire de la famille.

En bref, une BD atypique, mais qui vaut vraiment le coup de s’y intéresser (enfin comme d’hab je vous conseille de feuilleter avant d’acheter, ou d’emprunter avant, pour vous faire une idée) ne serait-ce que pour le superbe trait de Shaun Tan et pour le vibrant hommage qu’il rend à tous les exilés, immigrés, réfugiés, etc., qui ont pris un jour leur courage à deux mains et ont tout quitté dans l’espoir d’une vie meilleure.


Question bonus : vous seriez prêt à quitter tous vos proches, pour partir vivre ailleurs dans l’espoir d’une meilleure vie ?


Cette chronique de lecture est originellement parue le 25 mai dans Les lectures de Mr. Zombi, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Johan.

Lelf présente Janua Vera, de Jean-Philippe Jaworski

Janua Vera, de Jean-Philippe Jaworski

Folio SF, février 2009, 488 pages, 8,20 €


8 nouvelles, 8 destinées. Au cœur du Vieux Royaume évoluent des personnalités bien différentes. Prêtre d’un vieux culte, barbare au combat, paysanne, assassin, copiste, chevalier ou roi, tous sont confrontés aux affres de la vie médiévale. Quand certains se trouvent mêlés à des intrigues politiques, d’autres tentent de survivre à de rudes combats ou courent après des chimères.


Un univers médiéval

Janua Vera, bien plus qu’un simple livre de fantasy, est un véritable volume historique. Ce monde moyenâgeux est décrit avec soin. Barbare et rude, loin des visions romantiques de certaines séries, il est d’une grande crédibilité. Les protagonistes souffrent, subissent le froid et la faim, vivent tranquillement, complotent ou plus simplement travaillent. L’aspect fantasy s’exprime de façon très légère, surtout au travers ce royaume inconnu, mais aussi par l’apparition de certaines formes de magie ou de créatures quelque peu différentes, qui s’intègrent discrètement aux nouvelles. Les textes se terminent par des chutes intelligentes et bien amenées, souvent lourdes de sens, parfois attendues mais sans pour autant provoquer la frustration, simplement peut-être parce qu’elles sont inévitables.


Des nouvelles un peu longues, servies par un style splendide

La difficulté principale du recueil vient de la longueur des nouvelles et du détail du texte qui nécessitent une bonne disponibilité de lecture pour bien entrer dans l’histoire (à ne pas lire deux pages par jour en somme). L’appel émotionnel ne fonctionne pas à tous les coups, mais quel bonheur de se retrouver à rire, pleurer ou angoisser devant ce livre lorsque Jaworski réussit à entraîner à sa suite !

Le grand point fort du recueil réside dans la qualité du langage et la capacité de l’auteur à intégrer une multitude de détails et de vocabulaire précis sans alourdir son style. La plume de Jean-Philippe Jaworski est un vrai plaisir de maîtrise et d’ambiance. Elle rend vivant les personnages et donne réellement consistance aux décors, le lecteur arrivant à percevoir l’humidité, le froid ou le poids d’une arme à leur simple évocation. Un tour de force impressionnant qui permet au Vieux Royaume de se dessiner sans effort sous les yeux du lecteur, qui s’attachera sans souci à cet univers médiéval.


Petit détail par nouvelles

Janua Vera – Évoque un Roi-Dieu en proie à un cauchemar, s’apparentant à un mythe évoquant Gilgamesh. La chute est bien amenée, mais la nouvelle reste une des plus « faibles » du recueil.

Mauvaise donne – Permet de suivre un assassin de profession : Benvenuto. Ce texte, prélude au roman Gagner la guerre, présente un intérêt à la fois pour son côté « bas-fonds » dans la première partie, et dans la seconde pour le côté politique très intelligent et intéressant. La chute annonce le roman à la perfection.

Le service des dames – Fait penser aux romans de courtoisie grâce à ce chevalier joutant verbalement avec une châtelaine et un duel d’honneur. Il y a beaucoup de jeu de paroles, fiel derrière des mots de miel. Le paysage est particulièrement réussi ici. Et encore une belle chute.

Une offrande très précieuse – Décrit une bataille avec un héros pas très malin qui le sait, loin des clichés de fantasy. Le texte présente un aspect onirique en seconde partie, des longueurs au milieu, mais se révèle émouvant grâce à son héros. Le cœur se serre à l’évocation de son histoire.

Le conte de Suzelle – La nouvelle la plus émouvante suit le parcours d’une jolie fillette un peu rêveuse et attachante à qui le lecteur ne peut que souhaiter une belle vie. Il la verra grandir et passer les ans, jusqu’à la chute, poignante. Une nouvelle qui émeut et laisse au bord des larmes.

Jour de guigne – Dans un style purement pratchettien, Jaworski choisit le burlesque et le grotesque, arrivant à faire bien sourire pour une nouvelle bien décalée au ton léger appréciable. Maître Calame est un beau guignol, victime d’une malédiction.

Un amour dévorant – Une très longue nouvelle où des fantômes du passé hantent un bois pour le malheur de ceux qui les approchent de trop près. Sympa pour le décor et les anecdotes des habitants, un peu angoissante. Je l’ai moyennement appréciée, mais la lecture hachée n’aide pas ici.

Le confident – Un prêtre a choisi de s’enfermer dans le noir absolu et s’explique. Il est intéressant de voir son parcours et d’apprendre à connaître son culte. La chute m’a un peu laissée de marbre alors qu’elle se serait bien prêtée à quelque chose de poignant.


En résumé : un très bon recueil qui vaut surtout pour la qualité de l’écriture, mais aussi pour quelques beaux moments d’émotions. Une lecture parfois difficile à cause des longueurs, mais qui laisse une impression très positive.

Une lecture commune avec Le Cercle d’Atuan. Chroniques des membres : El Jc, Olya, Vert, Tigger Lilly, Daenerys, Arutha, Ryuuchan.


Première lecture des défis Littératures de l’imaginaire sur les 5 continents et Nouvelles sur les 5 continents pour l’Europe !


Cette chronique de lecture est originellement parue le 8 mai dans Imaginelf, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Lelf.

Lelf de ‘Imaginelf’

Bonjour Catherine,

Je t’envoie enfin mon inscription pour les Nouvelles sur les 5 continents (il n’est jamais trop tard). Je combinerai avec le challenge des Littératures de l’imaginaire sur les 5 continents puisque je ne lis que ce genre en nouvelles.

Je me présente quand même : je m’appelle Lelf, je suis une grande fan des genres de l’imaginaire depuis quelques années. J’ai (re)découvert ces genres grâce à un ami, qui m’a également fait découvrir les nouvelles. Depuis, j’adore ce format et ma PAL croule sous les anthologies et recueils en tout genre. Pratique pour un tel (double) challenge.

Participer à ce challenge c’est autant, pour moi, faire baisser ma PAL (même si ça se fait relativement spontanément) que promouvoir un format un peu méconnu qui est pourtant très riche et qui regorge de merveilles.

J’ai déjà une liste, mais elle est susceptible d’évolution, vu que je n’ai pas encore bien cherché toutes les possibilités pour certains continents et que pour d’autres j’ai déjà une masse de recueils et d’anthologies.

Afrique : Poste à pourvoir : Jésus-Christ de Kojo Laing (Ghana) et Lettre au fils de Hamilcar Barca (Tunisie), toutes deux dans l’anthologie Utopiae 2005 chez L’Atalante. Une pierre, deux coups.

Amérique : pour ne pas choisir la facilité de l’étasunien qui se glisse facilement dans une anthologie, je choisis Dimension Latino, anthologie présentée par Sylvie Miller et publiée chez Rivière Blanche (Amérique centrale et du Sud).

Asie : pour l’instant, je pense à un recueil de Haruki Murakami (Japon), mais j’aimerais découvrir autre chose de la littérature asiatique de l’imaginaire, donc titre à voir.

Europe : Janua Vera, de Jean-Philippe Jaworski (France).

Océanie : Axiomatique, recueil de Greg Egan (Australie). Titre également susceptible de changer au fur et à mesure de mes découvertes.

Et vous retrouverez bien sûr toutes les chroniques de ces ouvrages et de bien d’autres sur mon blog consacré à la bande dessinée et aux littératures de l’imaginaire : Imaginelf (http://www.imaginelf.com). ^^

Voilà pour la présentation, je file faire la présentation du challenge sur mon blog. À bientôt !

Lelf

Lee Rony présente Fungi de Yuggoth, de Lovecraft

Fungi de Yuggoth, de Lovecraft

Traduction de François Truchaud – Illustrations de Jean-Michel Nicollet


Dans l’œuvre de l’auteur de Providence, la poésie tient une place plus importante qu’il n’y paraît. En effet le jeune Howard écrivit ses premiers vers à l’âge de 12 ans : Le grand dieu Pan.

Dans ce recueil nous trouvons 65 poèmes dont les 36 sonnets formant les Fungi de Yuggoth lesquels furent écrits entre le 27 décembre 1929 et le 4 janvier 1930. Dans une lettre adressée à Clark Ashton Smith il écrit : « Vous y trouverez la suggestion de scènes à demi oubliées où qu’on ne peut localiser… Ces pseudo-souvenirs vagues et trompeurs m’ont toujours hantés depuis mon enfance… » Ainsi, vers 6 ou 7 ans, fut-il tourmenté par des cauchemars mettant en scène les « Maigres Bêtes de la Nuit », créatures horrifiantes n’attendant qu’une opportunité pour pénétrer le monde des humains.

Dans ces poèmes – comme dans la plupart des textes de Lovecraft – nous trouvons ce même sentiment de nostalgie pour un ailleurs qui est inaccessible, pour une époque disparue à jamais, si tant est qu’elle ait jamais existé, et, sous-jacente, la menace que la réalité ne soit qu’un masque susceptible de se détacher à tout instant pour révéler une peu plaisante réalité.

Il n’est pas inutile de rappeler les influences que subit Howard : Thomas Gray, James Thomson, Edwin Arlington Robinson et, bien sûr, Poe.


Pour la petite histoire La fiancée de la mer est le seul poème d’amour écrit par HPL, il est en outre unique par l’utilisation de deux personnages, la plupart de ses œuvres mettant en scène un homme seul face à un savoir qui va le détruire mais avec l’impression que cette fin, atroce, est préférable à une vie banale se limitant à la satisfaction des simples instincts fondamentaux ! Facile de formuler le même vœu, du moment qu’il n’engage pas, réellement, notre avenir.


Un court exemple :

« Je mis le livre sous ma veste, m’efforçant

De le dissimuler en un pareil endroit ;

Puis me hâtai à travers les anciennes rues du port

Tournant souvent la tête et allant d’un pas nerveux.

Des fenêtres maussades et furtives, encastrées dans de vieilles briques branlantes

Me lorgnaient bizarrement comme je passais devant elles,

Et, songeant à ce qu’elles abritaient, je désirai jusqu’à la nausée

Apercevoir un coin de ciel pur et bleu, rédempteur.


Personne ne m’avait vu prendre l’objet… pourtant

Un rire pâle résonnait dans ma tête en proie au vertige.

Je soupçonnai alors quels mondes de la nuit et du mal

Étaient aux aguets dans le volume que j’avais convoité.

La route devint étrange, ainsi que les murs, démentiels…

Et loin derrière moi résonnèrent des pas invisibles. »


Bien sûr la traduction ne rend pas les rimes, c’était impossible, ou presque.

J’ai la chance de posséder un exemplaire de la première édition française de ce volume, dédicacée par le traducteur et l’illustrateur.

Actuellement ces poèmes sont disponibles chez Laffont dans la collection Bouquins.


J’ai relu ces vers dans le cadre du défi Poésie sur les 5 continents et ne le regrette pas.


Cette chronique de lecture est originellement parue le 3 avril dans Lire au nid, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Lee Rony.

Littératures de l’imaginaire sur les 5 continents

Le défi Littératures de l’imaginaire sur les 5 continents pensé dès mars 2009 par Catherine de La culture se partage a vu le jour le 4 avril 2009 et le blog consacré au défi a été créé le jour même.

Il y a 12 participants inscrits en 2009 qui continuent d’ailleurs leur défi et un nouveau participant en janvier 2010.

Comme prévu dès le départ, le défi continue en 2010 et vous pouvez visiter le blog Littératures de l’imaginaire sur les 5 continents pour consulter les listes d’auteurs et de titres, lire les notes de lecture des participants, vous donner des idées de lectures et participer vous aussi.