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Lee Rony présente Mes inscriptions 2 : 1945 – 1963, de Louis Scutenaire

Mes inscriptions 2 : 1945 – 1963, de Louis Scutenaire

Carnet d’indiscrétions personnelles

Éditions Allia, mai 1998, 300 pages, ISBN 2904235043


« L’esclave qui aime sa vie d’esclave a-t-il une vie d’esclave ? »

« Il y a des gens à qui la mort donne une existence. »

« La vieillesse est un alibi. »

« Je suis partagé entre mon goût pour les faits et mon goût pour l’effet. »

« Je voudrais vivre assez vieux pour savoir ce que je deviendrai. »

« Je perds souvent la tête. On ne me la rapporte jamais. »

« Il faut regarder la vie en farce. »

« La misère n’est sinistre que parce qu’elle n’est pas générale. »

« Souvent, au lieu de penser, on se fait des idées. »

« Dans ce monde, l’on n’a que la terreur pour se défendre contre l’angoisse. »

« Je méprise trop ces gens pour me déplaire en leur compagnie. »

« Le péché originel c’est la foi. »

« Si on ne me lit plus dans mille ans, on aura tort. »

« Je prends le monde tel que je suis. »

« Je ne suis pas scutenairien, c’est bien plus fort : je suis Scutenaire. »


« On dit de moi :

Il fait des calculs d’épicier : C’est vrai.

C’est un tendre : Bien sûr.

Il est dans le désarroi : Évidemment.

Comme il est détaché ! : Tiens donc !

Il est gentil : Mais oui.

Quel goujat ! : D’accord Marcel.

Il a beaucoup de talent : Le flatteur n’a pas toujours tort.

Il sent mauvais : Triste, mais possible.

Je voudrais m’offrir sa grande carcasse : Bien aimable.

Il n’est pas beau : Je le pense.

Combien il est grand ! : La toise le confirme.

Il est grossier : Merci, ma chérie.

C’est un coureur : Hum, hum !

Il est jaloux : Oui, comme Victor Hugo.

C’est un anormal : Qui ne l’est pas ?

Il s’est mal conduit : Je le crois.

Il a de l’allure : Je suis confus, vraiment, mais…

Il est fait : Il faut bien.

Il est égoïste : Je souris avec approbation.

Il est trop modeste : Oui, oui.

Il écrit très bien : Vous savez lire, monsieur.

C’est un maquereau : Le plus beau compliment.

Il se soigne comme une femme : Je le suis un peu, femme.

Il a de jolies cravates : Quelle femme de goût !

Il est propre, trop propre : On ne l’est jamais assez.

Il fait gentiment l’amour : Connaisseuse !

Il est maladif : Hélas !

C’est un beau gaillard : Oh !

Il ne sait pas aimer : Sans doute.

Il a des tics : Et vous pas ?

Quelle nouille ! : Je l’ai déjà pensé.

Mais comment se fait-il que dans ce portrait si poussé je ne me reconnaisse pas, ni personne avec moi ? »


Ainsi parla LS !

Comment l’ai-je découvert ?

Par une citation : «Je vous parle d’un autre monde, le vôtre » en exergue d’un Bob Morane lu alors que j’avais une dizaine damnée ; ainsi dois-je à Henri Vernes d’avoir découvert Jean Ray, et le fantastique, et Louis Scutenaire, de là à penser qu’il est pour quelque chose dans ce que je suis devenu… il y a un pas que je franchis avec reconnaissance. Je vous le présente avec plaisir dans le cadre du défi Poésie sur les 5 continents.

J’évoquerai HV prochainement, il le mérite (?). Au passage je remarque que JR, LS et moi sommes du même signe, ça ne veut rien dire mais c’est déjà un point commun !


Je ne suis ni poète, ni surréaliste, ni Belge !

Né à Ollignies le 29 juin 1905, il écrit ses premiers poèmes en 1916. Il fréquentera de nombreux établissements scolaires dont il sera régulièrement exclu avant de s’engager en 1924 dans des études de Droit.

En 1926 il rencontre Paul Nougé puis Magritte dont il titrera nombre d’œuvres. Plus tard, à Paris, il fréquentera André Breton. En 1938 seront recensés par Breton et Éluard dans leur Dictionnaire abrégé du surréalisme aussi bien les Textes automatiques (1931) et Les Jours dangereux les Nuits noires (1928…).

À partir de 1943 il commence Mes inscriptions somme de maximes, aphorismes, histoires, impressions et autres réflexions qui toquent à la porte de son esprit. Titre en hommage à Restif de la Bretonne qui avait ainsi nommé le recueil de graffitis qu’il avait gravés sur les quais de l’Île Saint-Louis. Ainsi pendant quarante ans Louis Scutenaire construira une œuvre puzzle atypique et foisonnante. Il parlera de tout, du reste, et d’autre chose encore. « Ne parlez pas de moi je suffis à la tâche » dit-il, ou encore « Je me suffis ; parfois il y en a même trop ».

Volontiers irrespectueux, blasphémateurs, anarchiste, admiratif de la bande à Bonnot, prônant une improbable révolution dont il sait qu’elle ne résoudrait rien il avoue lui-même : C’est probablement par conservatisme que je reste révolutionnaire ! Quoi de plus facile en effet que de jeter sur l’incendie du réel des mots qui ne font que le nourrir ? Critique du capitalisme il finit par entrevoir une nature humaine loin de ce qu’il souhaiterait, et, pour donner mon avis, quelle serait la réalité d’une société correspondant aux visions apocalyptiques des révolutionnaires ? Que nombre existent encore malgré les exemples de l’Histoire ne fait que démontrer que qui critique et vitupère change de comportement dès lors qu’il s’assoit à la table du profit.

« J’ai quelque chose à dire et c’est court » écrit-il également, et ce bien avant moi ce qui n’est pas sans me faire de la peine ! Il précise : « Mes Inscriptions sont une rivière de Californie, il faut tamiser des tonnes de sable et de gravier pour trouver quelques pépites, voire des paillettes. » Ainsi, si vous connaissez un peu ce blog, comprendrez-vous quelle filiation spirituelle me plais-je à voir entre lui et moi, la remontant même jusqu’à ce « cher Diogène » !

Il meurt le 15 août 1987 en regardant un film sur Magritte à la télévision.

« Les oiseaux viennent d’ailleurs » écrit-il, comme le regret de ne pas en être, vraiment, un !

La première leçon que donnait ce philosophe, c’était que la concision est essentielle puisqu’elle est suffisante. (…) Son œuvre ? Les bulles d’une carpe qui crèveraient entre les palettes des nénuphars pour libérer une règle de morale ou de conduite.

Frédéric Dard, Avant-propos de Louis Scutenaire, Lunes rousses, Paris, Le Dilettante, 1978.


Cette chronique de lecture est originellement parue le 19 avril dans Lire au nid, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Lee Rony.

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Pascale présente Une Europe des poètes, de Bernard Lorraine

Une Europe des poètes, de Bernard Lorraine qui a sélectionné les poèmes regroupés dans cette anthologie poétique européenne.

Hachette / Le Livre de Poche, décembre 1991, 416 pages, ISBN 978-2-10168291


Quatrième de couverture

Une poésie sans frontières : en un seul livre, les plus beaux poèmes des pays de l’Europe des Douze.

Les frontières s’effacent, l’Europe devient notre espace vie commune ; issus d’une même histoire, les Européens se reconnaissent un même destin, ils inventent une même culture.

Mais l’Europe unie n’est pas uniforme.

De l’Antiquité à nos jours, chacun dans sa langue, les poètes constituent l’Europe, notre patrie, tout en sauvegardant, l’originalité irremplaçable de leur chant poétique.

Les traducteurs de ce livre unique et divers sont tous des poètes.


Mon avis

Une fois encore je vais devoir me répéter : la poésie ne se passe pas à la moulinette pour en tirer une critique, laissons-la telle qu’elle doit être : libre d’être perçue par tous les lecteurs selon son affinité avec les mots et toujours attachée à son auteur.

Ce petit livre fort intéressant nous fait voyager dans toute l’Europe des Douze, chaque pays est introduit par une présentation géographique mais surtout l’historique de la poésie de ce pays.

Bien sûr, cette anthologie ne pouvait contenir tous les poètes de chaque patrie européenne, mais elle a su mettre les plus beaux échantillons couvrant une large plage temporelle. Rappelant que ce livre date de 1991, vous ne croiserez que l’Europe des Douze. Pour connaître l’historique de l’Europe, les pays membres de l’Union européenne passez par ici.

Avant de commencer le voyage, l’Europe est mise en avant et nous pouvons lire des poèmes qui lui sont dédiés écrits par des poètes de toute nationalité au-delà de l’Europe c’est ainsi que j’ai croisé Pablo Neruda nous contant notre Europe avec ses mots par ce joli texte : Quelques mots à l’Europe.

Il serait bien difficile de retracer tout le livre par des poèmes mais je puis vous assurer qu’on y découvre beaucoup de poètes plus ou moins connus en France et qui méritent d’être lus.

Je vais pourtant vous mettre un texte.


Majesté

Passe un roi, et c’est le Poète.

Non par son pouvoir d’ordonner,

Mais par sa grâce, et magique, et secrète,

D’imaginer.

Son spectre : la plume, aveugle navette

Du métier à tisser les vers.

Son manteau, c’est la peau, pure hermine que fouette

La fange des chemins divers.

Un grand souverain

Au triste destin :

Un monstre humain

De droit divin.

Miguel Torga (pour le Portugal)


La poésie européenne ne pourrait se cantonner dans un seul style et courant, c’est pourquoi ce livre est riche et intéressant si on veut aborder la poésie de l’Europe, bien sûr la restriction nous pousse à dépasser ces pages et par la magie du virtuel rechercher d’autres auteurs européens.

Je ne peux que vous inciter à découvrir ce livre que vous trouverez dans toute bonne bibliothèque voire d’occasion sur le Net, je suis moins sûre qu’il soit encore en vente actuellement dans les librairies, il date de 1991.

J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge poesie5continents pour le continent  images[2] .

Ne pouvant nous restreindre à un seul poète, un seul pays, profitons de la richesse de cette Europe afin de nous y abreuver pleinement, chaque pays étant une découverte avec ses poètes multiples, belle synergie pour les lecteurs avides de savoir ou tout simplement de plaisir.

Lisez les noms des auteurs et vous serez surpris d’y croiser des personnages illustres dont on ne pouvait imaginer :  poètes…


Poètes présentés par pays

Allemagne : Johann Wolgang von Goethe – Friedrich von Schiller Friedrich Novalis – Clemens Brentano – Adalbert von Chamisso – Annette von Droste-Hülshoff – Heinrich Heine – Eduard Mörike – Friedrich Nietzsche – Sfefan George – Christian Morgenstern – Gottfried Benn – Stephan Hermlin

Angleterre : William Shakespeare – John Donne – William Blake – Robert Burns – William Wordsworth – Samuel Taylor – Lord Byron – Alfred Tennyson – Emily Jane Brontë – Rudyard Kipling – T.S. Eliot

Belgique : Georges Rodenbach – Emile Verhaeren – Charles Van Lergerghe – Max Elskamp – Maurice Maeterlinck Géo Libbrecht – Marcel Thiry – Paul Neuhuys – Robert Goffin Géo Norge – Achille Chavée – Maurice Carême – Andrée Sodenkamp – Roger Bodart – Jaan Mogin – Liliane Wouters – Guido Gezelle – Karel Van de Woestijne – Karel Jonckheere – Herwig Hensen – Joes de Haes

Danemark : Thomas Kingo – Hans Christian Andersen – N.F.S Grundtvig – Sophus Claussen – Thorkild Bjornvig

Espagne : Saint Jean de la Croix – Lope de Vega – Franscisco de Quevedo – Gustavo Adolfo Bécquer – Miguel de Unamuno – Antonio Machado – Juan Ramon – Pedros Salinas – Jorge Guillén – Federico Garcia Lorca – Rafael Alberti

France : Charles d’Orléans – François Villon – Joachim du Bellay – Pierre de Ronsard – Louise Labé – Jean de la Fontaine – Alphonse de Lamartine – Victor Hugo – Alfred de Musset – Charles Baudelaire – Paul Verlaine Arthur Rimbaud – Paul Fort Mari Noël – Jules Supervielle – Paul Éluard – Louis Aragon – Robert Desnos – Jacques Prévert Maurice Fombeurre – Claude Roy – René Guy Cadou

Grèce : Homère – Aristophane – Constantin Cavafy – Nikos Kazantzakis – Georges Seferis Yannis Ritsos

Irlande :  Samuel Lover Thomas Moore Samuel Ferguson – William Butler Yeats – James Joyce – Eavan Boland

Italie : Virgile – Saint François d’Assise – Dante Alighieri – François Pétrarque – Laurent de Médicis – Michel-Ange Buonarroti – Giacomo Léopardi – Umberto Saba – Dino Campana – Vincenzo Cardarelli – Giuseppe Ungaretti – Eugenio Montale – Salvatore Quasimodo – Valerio Magrelli

Luxembourg :  Paul Palgen – Edmond Dune – José Ensch – Nikolaus – Anise Koltz

Pays-Bas : Pieter Cornelis Boutens – Hendrik Marsman – Remco Campert Judith Herzberg

Portugal : Almeida Garret – Fernando Pessoa – Mario de Sà Carneiro – Miguel Torga


Pour aller plus loin je vous invite à lire (bilingue) la poésie de l’Europe sur ce site (cliquez sur le logo)

Cette chronique de lecture est originellement parue le 24 mars dans Mot à mot…, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Pascale.