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Lee Rony présente Fiteny Roa, en deux langues, de Rado

Fiteny Roa, en deux langues : anthologie de poèmes, de Rado

Bilingue malgache/français ; Imprimé à Madagascar, 2005, 201 pages


Georges Andriamanantena (Madagascar)

Né le 1er octobre 1923 à Antanarivo et mort le 15 septembre 2008, il était le dernier né d’une famille de cinq enfants. En 1929, il fait son entrée à l’école de Faravohitra à Antananarivo. En 1933, année du décès de sa mère, il rentre à l’école d’Ambohijatovo Atsimo jusqu’en 1941. L’année suivante, il intègre le collège Paul Minault. D’abord comptable dans une société d’assurance, il rejoint son frère à la rédaction du journal « Hehy » (rires). En 1960, à Strasbourg, il fait des études de journalisme, métier qu’il exercera jusqu’en 1978 avant de se consacrer à la littérature et d’être employé par le ministère de la Culture et de l’Art Révolutionnaire. Son premier recueil paraît en 1973 sous le titre Dinitra et, préfacé par son frère, il contient ses thèmes fétiches l’Amour, Dieu et la Patrie. Son pseudonyme : Rado vient du proverbe malgache « Voahangy mitohim-bolamena raha misarak tsy ampy ho RADO » (Des perles liées par un fil d’or, si elles sont séparées on n’obtient plus un collier, ou rado).

D’expression malgache et défenseur de la culture, Rado sortit dix ouvrages contenant ses poèmes, tous au programme du secondaire malgache. Citons parmi ses œuvres Dinitra (sueur), Zo (droit), Sedra (épreuve)…  Ça n’en fut pas une de découvrir cet auteur dans le cadre du défi Poésie sur les 5 continents.

Membre de l’Académie malgache, il était aussi peintre, graveur et sculpteur. Il composera même une vingtaine de chants religieux ! Militant du parti d’opposition AKFM avant l’Indépendance, il n’hésite pas à prendre le contre-pied des prises de positions de son parti.

Il laisse une veuve et six enfants (4 filles et 2 garçons) et 26 petits et arrières petits-enfants.


« Laissez donc se casser les oreilles qui se cassent

En entendant les cris qu’on ne peut étouffer

Mais pour nous, il nous faut ensemble réclamer

Le droit et le statut d’une même égalité »

« Avela izay sofina vaky ho vaky

Mandre antsoantso tsy azo tsindriana

F’isika rehetra tsy maintsy mitaky

Ny zo sy ny satan’ny fampitoviana »

(17 mai 1969)


Ne lui dites rien

« Vous allez la voir, mais… Qu’elle ne sache rien de ma peine

Elle ne doit rien savoir

Des cruelles morsures qui ont déchiré mon âme…

Dans les rets qu’elle m’avait tendus,

Et de mon cœur en suée qui m’étouffe à minuit

Quand je songe à mon sort !

Si elle s’enquiert de moi,

Pour une fois mentez !

Dites-lui que mes pensées l’ont complètement oubliée

Et que les fleurs ont recouvert les cendres du passé

Brûlé par les feux de la passion

Comme ces journaux intimes que vous voyez là.

Taisez ma vieillesse blanche et ridée.

M’avez-vous compris ?

J’ai encore quelque chose à vous demander :

Voyez si elle est heureuse

Voici les signes qui vous aideront :

Il y a des fleurs, roses, sûrement,

Dans sa chambre et la photo de

Son amant à son chevet.

Si vous en voyez, c’est qu’elle est heureuse,

Alors ne lui dites rien de moi

Il lui est arrivé ce que je souhaitais pour elle.

N’oubliez rien de tout cela,

Et adieu !

Oh ! Une dernière recommandation

Ne touchez nulle chose de votre main-ci

Avant de serrer la sienne.

Oui… cela suffit. Bonne route

Et refermez doucement cette porte sur mes larmes… »

(Traduction : Serge Henri RODIN)


S’il te reste encore

« S’il te reste encore ne serait-ce qu’un sourire

Pour résister à cette ironie du sort

Pourquoi, dis-moi, pourquoi tu te fais souffrir

Gaspillant ainsi les larmes de ton corps ?

S’il te reste encore ne serait-ce qu’une étoile

En qui tu vois lumière, sur qui tu peux compter

Pourquoi, dis-moi, pourquoi ton regard se voile

Durant des nuits d’hiver, pourquoi ces sentiments amers

Devant un horizon avide d’éclairage ? »

(Traduction : Voahangy Ramiejamanana ANDRIAMANANTENA)


Cette chronique de lecture est originellement parue le 3 mai dans Lire au nid, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Lee Rony.

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Pascale présente Tour de Terre en poésie, de Jean-Marie Henry

Tour de Terre en poésie, de Jean-Marie Henry

Rue du Monde, collection La Poésie, juillet 1998, 62 pages, ISBN 2-912084-09-1

Illustrations de Mireille Vautier

Anthologie de poésies du monde – 50 poèmes de cinquante cultures différentes dans leur langue d’origine et leur traduction en français.


Note de présentation

Une anthologie multilingue de poèmes du monde entier. Chaque texte est présenté dans sa langue originale et dans sa traduction française. Les enfants découvriront ainsi le romani, le touareg, le basque, l’arabe, le vietnamien, le turc, l’albanais, etc.

Une occasion d’évoquer de nombreuses cultures, et certains enfants s’y reconnaîtront. Une occasion, également, de situer géographiquement ou historiquement les divers poèmes. Et de constater que l’on retrouve, chez les poètes du monde entier, des préoccupations, des thèmes, des émotions similaires.

Les enfants et/ou parents pourront dire les poèmes, en français ou, pour ceux qui lisent d’autres langues, dans la version originale.


Mon voyage

Un ouvrage charmant et remarquable qui m’a fait découvrir une foule de poésies d’origine les moins attendues comme il est précisé dans la présentation, pourtant je ne dirais pas un tour de Terre, mais un tour de langues voire dialectes puisqu’on y croise l’occitan, le catalan, le breton, le corse, le créole, pour ceux qui nous sont proches et restent somme toute plus des langues que des dialectes, quant aux langues qui me sont étrangères je ne peux affirmer si ce sont des langues pures ou des dialectes : quelle est la différence je ne suis pas experte en la matière mais en croisant les noms je suis restée dans l’inconnu (voir ci-après).

On ne se contente plus de découvrir un continent mais bien des peuples particuliers avec leurs us et coutumes, leur langue, à travers leur poésie. Tout ce beau monde regroupé dans un album jeunesse avec le texte et l’alphabet d’origine, le tout agrémenté d’illustrations, c’est un très beau livre qui mérite d’être mis entre les petites menottes de nos enfants.

J’ai fait des découvertes de poètes bien sûr mais aussi de pays et de langues (cliquez sur les liens pour en savoir plus) comme (cliquez sur le nom pour lire la définition) : amharique, hindi, wolof *, peul, rundi, tamoul, singhalais, letton, khmer, nahuatl, inuktitut.

Pour vous donner un exemple de définition trouvée ici : * Le wolof (parfois écrit ouolof) est une langue parlée au Sénégal, en Gambie et en Mauritanie. Il appartient à la branche atlantique des langues nigéro-congolaises. Sa parenté avec le peul est très ancienne. Il a aussi des liens avec d’autres langues de la région comme le sérère, le diola, le bassari, le baïnouk.

Pour celles aux origines plus connues malgré tout qui m’ont surprise agréablement : Rromani, basque, touareg, arabe, vietnamien, turc, portugais, albanais, néerlandais, danois, finnois, chinois, malgache, espagnol, arménien, breton, cheyenne, russe, catalan, occitan, anglais, japonais, suédois, coréen, kurde, kabyle, corse, géorgien, navajo, quetchua, tibétain, italien, thaï, polonais, créole, hawaïen, allemand, hébreu, grec, français.

Voyez la longue liste hétéroclite, originale de textes que l’ont peu lire dans ce petit livre, 3 points forts pour cet album :

1. la diversité des langues,

2. multilingue pour tous les textes,

3. l’alphabet d’origine calligraphié.


Le texte que je vous présente n’est pas banal puisqu’il est d’origine Rromani :

Le toit de notre maison.

« Le toit de notre maison/c’est le grand ciel tout nu./Notre maison est solide/Personne ne peut la renverser.

Les fondaisons de notre maison/ c’est un coin de terre sans rien./Notre maison est solide/personne ne peut la ruiner.

Les murs de notre maison/c’est le froid et ce sont les vents./Notre maison est solide/personne ne peut l’atteindre.

À notre maison, il y a une fenêtre/À la fenêtre, tes yeux./Notre maison est solide/C’est le cœur tsigane. »

JENUZ DUKA (Rromani)

À lire ce texte, cela me rappelle le très beau roman ZOLI que je vous conseille de lire si vous souhaitez connaître le peuple ROM.


Je vous précise également, qu’il y a beaucoup d’auteurs anonymes surtout pour les origines moins connues comme khmer, ce qui me pousse à poursuivre ma découverte de tous ces peuples.


Comme j’ai une admiration pour les peuples nomades je vous mets un poème d’un seul vers :

« La Terre n’a qu’un soleil. »

ANONYME (Touareg)


Puis deux vers qui me parlent, extraits d’un poème vietnamien :

« Son âme est une lune dans la nuit avancée

moitié profonde ténèbre, moitié lueur de rêve. »


Préface pour clore cet article

Puis j’aimerais vous retranscrire la préface tout à fait concise et parfaite pour clore ce tour de terre en poésie :

« La langue que nous parlons, que nous écrivons est d’abord l’expression de ce que nous sommes, de ce que nous pensons, de ce que nous apprenons.

C’est par elle que nous posons notre regard sur le monde et que nous allons à sa rencontre.

Les autres utilisent parfois un langage qui n’est pas le nôtre.  Il nous faut alors dépasser un sentiment d’incompréhension pour écouter une nouvelle manière d’exprimer ou de rêver la vie.

Par la singularité de leur musique et de leur écriture, plus de cinq mille langues participent ainsi à la beauté du monde, s’enrichissant souvent de leurs différences.

Mais comme les espèces animales et végétales, les langues de la terre sont fragiles. Si certaines dominent, c’est au détriment de celles qui disparaissent, quelquefois sans laisser de traces.

Il n’existe pourtant pas de grandes et de petites langues : chacune porte en elle le poème qui nous parle, l’émotion qui nous ressemble étrangement. »

Jean-Marie Henry


J’inscris cette lecture dans le cadre du challenge de la Poésie sur les 5 continents.


Cette chronique de lecture est originellement parue le 19 avril dans Mot à mot…, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Pascale.

Catherine présente La triste fin du petit Enfant Huître, de Tim Burton

La triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires est un recueil de Tim Burton paru aux éditions 10/18 dans la collection Domaine étranger en septembre 2007 (123 pages, illustrations en couleur, 7,40 €, ISBN 978-2-264-02768-9). Une édition spéciale est parue en novembre 2008 aux éditions 10/18 (128 pages, 10 €, ISBN 9782264048738). Traduction de René Belletto (qui a adapté en privilégiant les rimes).

Avec The melancoly death of Oyster Boy & other stories, Tim Burton, extraordinaire réalisateur américain né en août 1958, publiait en 1997 son premier livre qu’il illustrait lui-même.

Lorsque je me suis rendue compte que ces histoires étaient écrites sous la forme de poésie (en vers ou en prose), j’ai tout de suite décidé de les présenter pour le défi Poésie sur les 5 continents pour le continent américain.

Je connais l’univers de Tim Burton à travers ses films colorés, baroques et très originaux, mais j’ai été vraiment surprise par les personnages (pratiquement tous hideux) de ses poésies parce qu’on les croirait tout droit sortis d’un cerveau dérangé (désolée, hein, Tim !). Jugez plutôt : un enfant-robot, un enfant qui a des clous dans les yeux, un enfant tache, un enfant huître, un enfant toxique, un enfant momie, etc. Les filles ne sont pas en reste avec une qui a plusieurs yeux, une qui fixe tout le temps, une faite d’ordures, une qui porte des aiguilles de vaudou, etc.

Les enfants seraient-ils donc tous de monstrueuses créatures ?

Je remarque la présence presque systématique des yeux, l’importance du regard donc, celui que l’on porte sur soi-même et celui des autres.

Monstruosité, cruauté, mort et humour noir sont les maîtres-mots de ce recueil de poésie surprenant !


Trois extraits


Stick Boy and Match Girl in love (pages 10 à 13)

« Stick Boy liked Match Girl,

he liked her a lot.

He liked her cute figure,

he thought she was hot.

But could a flame ever burn

for a match and a stick ?

It dit quite literally ;

he burned up pretty quick. »

Brindille et Allumette amoureux

« Brindille aimait bien Allumette,

il l’aimait vraiment beaucoup,

il adorait sa jolie silhouette,

et il la sentait chaude comme tout.

Mais le feu de la passion peut-il être,

entre une brindille et une allumette ? Eh bien

oui, à la lettre :

il flamba comme rien. »


Roy, the Toxic Boy (page 76-77)

« […]

The one and only time

I ever saw Toxic Boy cry

was when some sodium chloride

got into his eye.

[…]. »

Ludovic, l’Enfant Toxique

« […]

La seule fois, l’unique

où je vis l’Enfant Toxique pleurnicher,

ce fut quand du sérum physiologique

dans son œil alla se nicher.

[…]. »


Junk Girl (pages 98 et 99)

« There once was a girl

who was made up of junk.

She looked really dirty,

and she smelled like a skunk.

[…]. »

La fille faite d’ordures

« Il était une fois une nénette

qui d’ordures était faite.

Elle était vraiment cracra

et puait comme un putois.

[…]. »


Alors ? Est-ce que ça vous a donné envie de découvrir l’univers littéraire et poétique de Tim Burton ?


Cette chronique de lecture est originellement parue le 4 mars dans La culture se partage, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Catherine.

Pascale présente Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, de Pablo Neruda

Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, de Pablo Neruda
suivi de  : Les vers du capitaine
Gallimard, collection Poésie, édition bilingue (espagnol-français), mai 1998, 332 pages
Format : 12 cm x 19 cm – ISBN 2070404218
Traduction : Claude Couffon et Christian Rinderknecht


Le livre se compose donc de 3 œuvres de cet auteur dont le thème est l’amour comme le titre l’indique, mais quoi de surprenant ? Quel poète n’a pas été inspiré par ce grand ravageur de cœur…

Les vers du capitaine ont une histoire, douloureuse à mon avis, la préface commence par une lettre à l’éditeur, la protagoniste de ces vers, détenait tous les originaux, et a voulu les rendre publics, elle-même n’a pas pu donner le nom de l’auteur, car elle ne le connaissait pas, elle dit je l’appelle tout simplement : mon Capitaine… Troublant. Puis si vous allez sur le site indiqué un peu plus bas vous aurez la version de l’auteur (Et maintenant je vais vous raconter l’histoire de ce livre, l’un des plus discutés que j’ai écrit… À lire la suite sur le site).

Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée : premier livre présenté dans le cadre du défi Poésie sur les 5 continents.
Continent Amérique du Sud pour le Chili avec Pablo NERUDA, je n’ai pas cherché longtemps l’auteur que je présenterai puisque je connais Pablo NERUDA pour l’avoir lu souvent et j’apprécie beaucoup sa poésie. Le livre que j’ai lu regroupe donc les Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée et Les vers du capitaine, suivis d’une biographie.

C’est une coïncidence malheureuse quant au séisme qui vient de frapper ce pays, alors que je présente mon premier billet avec le Chili… Une pensée pour tous ces sinistrés.


L’auteur

D’un Neruda à l’autre
De son vrai nom Ricardo Neftali Reyes Basoalto, le poète choisit à 16 ans son nom de lettres ‘Pablo Neruda’ en hommage au poète tchèque Jan Neruda (1834-1891).
(bibiographie reprise sur Evene)
D’origine modeste, le poète chilien Neftali Ricardo Reyes dit Pablo Neruda commence à écrire dès l’adolescence et publie son premier recueil ‘Crépusculaire’ en 1923. Il mène de front une carrière littéraire et politique : sa vie sera marquée par les voyages et l’exil. Dès 1927, Pablo Neruda occupe plusieurs postes consulaires et est élu sénateur des provinces minières du Nord du Chili en 1945. Communiste, les persécutions du président de la République, Gabriel González Videla, l’obligent à fuir son pays. En 1970, il est nommé ambassadeur du Chili du président socialiste Allende. En 1971, il reçoit le prix Nobel de littérature pour une œuvre poétique colossale teintée de lutte politique et de révolte avec le ‘Chant général’ (1950), mais aussi d’un lyrisme délicat avec ‘Vingt poèmes d’amour’ et ‘Une chanson désespérée’ (1924). Neruda est aussi le poète de la terre et de l’amour. Il meurt peu après le putsch militaire de septembre 1973 qui renverse le gouvernement socialiste et instaure la dictature de Pinochet.

Je vous invite à visiter ce site complet dédié à l’auteur, j’ai eu le plaisir de recevoir le lien sur mon blog et je remercie cette belle intention qui m’a permis de découvrir ce lieu que je ne connaissais pas… La magie du Net… Merci.


Mon avis

C’est difficile de donner un avis pertinent quand on aime la poésie autant que je l’aime, toute poésie est jolie et mérite d’être lue, connue et partagée… Pourquoi j’aime NERUDA Pablo… Tout simplement parce que sa poésie me transporte, me plaît et me séduit, c’est beauté, douceur… Où il sait mêler avec merveille ses mots entre terre et chair, entre vent et sentiment, c’est tout à fait surprenant et envoûtant… Cette fusion des éléments naturels avec le corps et l’âme, lisez les extraits et vous comprendrez ce que je ne parviens pas à vous expliquer, d’ailleurs j’ai toujours pensé que la poésie ne s’explique pas, ne se décortique pas, ne se juge pas : elle se lit, elle se vit et que seul l’auteur lui-même est en mesure de la définir… J’ai dû déjà noté ce truc dans un billet quelque part sur ce blog…

Je dirais que lire Pablo NERUDA c’est tout simplement une invitation au voyage…

Ouvrez donc un livre de poésie de cet auteur et vous vous envolez sur l’aile de son talent…

Sur les 3 parties de ce livre je dois dire que j’ai préféré Les vers du Capitaine sans doute pour l’origine de son histoire qui amplifie sa teneur et sa profondeur.


Extraits

Voici le premier texte de ces vingt poèmes d’amour…

« Corps de femme, blanches collines, cuisses blanches,
l’attitude du don te rend pareil au monde.
Mon corps de laboureur sauvage, de son soc
a fait jaillir le fils du profond de la terre.

Je fus comme un tunnel. Déserté des oiseaux,
la nuit m’envahissait de toute sa puissance.
pour survivre j’ai dû te forger comme une arme
et tu es la flèche à mon arc, tu es la pierre dans ma fronde.

Mais passe l’heure de la vengeance, et je t’aime.
Corps de peau et de mousse, de lait avide et ferme.
Ah ! le vase des seins ! Ah ! les yeux de l’absence !
Ah ! roses du pubis ! Ah ! ta voix lente et triste !

Corps de femme, je persisterai dans ta grâce.
Ô soif, désir illimité, chemin sans but !
Courants obscurs où coule une soif éternelle
et la fatigue y coule, et l’infinie douleur. »

Un autre (n° 6)

« Je me souviens de toi telle que tu étais en ce dernier automne :
un simple béret gris avec le cœur en paix.
Dans tes yeux combattaient les feux du crépuscule.
Et les feuilles tombaient sur les eaux de ton âme.

Enroulée à mes bras comme un volubilis,
les feuilles recueillaient ta voix lente et paisible.
Un bûcher de stupeur où ma soif se consume.
Douce jacinthe bleue qui se tord sur mon âme.

Je sens tes yeux qui vont et l’automne est distant :
béret gris, cris d’oiseau, cœur où l’on est chez soi
et vers eux émigraient mes désirs si profonds
et mes baisers tombaient joyeux comme des braises.

Le ciel vu d’un bateau. Les champs vus des collines :
lumière, étang de paix, fumée, ton souvenir.
Au-delà de tes yeux brûlaient les crépuscules.
Sur ton âme tournaient les feuilles de l’automne. »

Et un autre (je pourrais vous mettre tout tant tout me plaît mais je vous laisse le soin de le découvrir)

« Abeille blanche, ivre de miel, toi qui bourdonnes dans mon âme,
tu te tords en lentes spirales de fumée.

Je suis le désespéré, la parole sans écho,
celui qui a tout eu, et qui a tout perdu.

Dernière amarre, en toi craque mon anxiété dernière.
En mon désert tu es la rose ultime.

Ah ! silencieuse !

Ferme tes yeux profonds. La nuit y prend son vol.
Ah ! dénude ton corps de craintive statue.

Tu as des yeux profonds où la nuit bat des ailes.
Et de frais bras de fleur et un giron de rose.

Et tes seins sont pareils à des escargots blancs.
Un papillon de nuit dort posé sur ton ventre.

Ah ! silencieuse !

Voici la solitude et tu en es absente.
Il pleut. Le vent de mer chasse d’errantes mouettes.

L’eau marche les pieds nus par les routes mouillées.
Et la feuille de l’arbre geint, comme un malade.

Abeille blanche, absente, en moi ton bourdon dure.
Tu revis dans le temps, mince et silencieuse.

Ah ! silencieuse ! »


Cette chronique de lecture est originellement parue le 28 février dans Mot à mot…, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Pascale.