Archives Mensuelles: mars 2010

Pascale présente Une Europe des poètes, de Bernard Lorraine

Une Europe des poètes, de Bernard Lorraine qui a sélectionné les poèmes regroupés dans cette anthologie poétique européenne.

Hachette / Le Livre de Poche, décembre 1991, 416 pages, ISBN 978-2-10168291


Quatrième de couverture

Une poésie sans frontières : en un seul livre, les plus beaux poèmes des pays de l’Europe des Douze.

Les frontières s’effacent, l’Europe devient notre espace vie commune ; issus d’une même histoire, les Européens se reconnaissent un même destin, ils inventent une même culture.

Mais l’Europe unie n’est pas uniforme.

De l’Antiquité à nos jours, chacun dans sa langue, les poètes constituent l’Europe, notre patrie, tout en sauvegardant, l’originalité irremplaçable de leur chant poétique.

Les traducteurs de ce livre unique et divers sont tous des poètes.


Mon avis

Une fois encore je vais devoir me répéter : la poésie ne se passe pas à la moulinette pour en tirer une critique, laissons-la telle qu’elle doit être : libre d’être perçue par tous les lecteurs selon son affinité avec les mots et toujours attachée à son auteur.

Ce petit livre fort intéressant nous fait voyager dans toute l’Europe des Douze, chaque pays est introduit par une présentation géographique mais surtout l’historique de la poésie de ce pays.

Bien sûr, cette anthologie ne pouvait contenir tous les poètes de chaque patrie européenne, mais elle a su mettre les plus beaux échantillons couvrant une large plage temporelle. Rappelant que ce livre date de 1991, vous ne croiserez que l’Europe des Douze. Pour connaître l’historique de l’Europe, les pays membres de l’Union européenne passez par ici.

Avant de commencer le voyage, l’Europe est mise en avant et nous pouvons lire des poèmes qui lui sont dédiés écrits par des poètes de toute nationalité au-delà de l’Europe c’est ainsi que j’ai croisé Pablo Neruda nous contant notre Europe avec ses mots par ce joli texte : Quelques mots à l’Europe.

Il serait bien difficile de retracer tout le livre par des poèmes mais je puis vous assurer qu’on y découvre beaucoup de poètes plus ou moins connus en France et qui méritent d’être lus.

Je vais pourtant vous mettre un texte.


Majesté

Passe un roi, et c’est le Poète.

Non par son pouvoir d’ordonner,

Mais par sa grâce, et magique, et secrète,

D’imaginer.

Son spectre : la plume, aveugle navette

Du métier à tisser les vers.

Son manteau, c’est la peau, pure hermine que fouette

La fange des chemins divers.

Un grand souverain

Au triste destin :

Un monstre humain

De droit divin.

Miguel Torga (pour le Portugal)


La poésie européenne ne pourrait se cantonner dans un seul style et courant, c’est pourquoi ce livre est riche et intéressant si on veut aborder la poésie de l’Europe, bien sûr la restriction nous pousse à dépasser ces pages et par la magie du virtuel rechercher d’autres auteurs européens.

Je ne peux que vous inciter à découvrir ce livre que vous trouverez dans toute bonne bibliothèque voire d’occasion sur le Net, je suis moins sûre qu’il soit encore en vente actuellement dans les librairies, il date de 1991.

J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge poesie5continents pour le continent  images[2] .

Ne pouvant nous restreindre à un seul poète, un seul pays, profitons de la richesse de cette Europe afin de nous y abreuver pleinement, chaque pays étant une découverte avec ses poètes multiples, belle synergie pour les lecteurs avides de savoir ou tout simplement de plaisir.

Lisez les noms des auteurs et vous serez surpris d’y croiser des personnages illustres dont on ne pouvait imaginer :  poètes…


Poètes présentés par pays

Allemagne : Johann Wolgang von Goethe – Friedrich von Schiller Friedrich Novalis – Clemens Brentano – Adalbert von Chamisso – Annette von Droste-Hülshoff – Heinrich Heine – Eduard Mörike – Friedrich Nietzsche – Sfefan George – Christian Morgenstern – Gottfried Benn – Stephan Hermlin

Angleterre : William Shakespeare – John Donne – William Blake – Robert Burns – William Wordsworth – Samuel Taylor – Lord Byron – Alfred Tennyson – Emily Jane Brontë – Rudyard Kipling – T.S. Eliot

Belgique : Georges Rodenbach – Emile Verhaeren – Charles Van Lergerghe – Max Elskamp – Maurice Maeterlinck Géo Libbrecht – Marcel Thiry – Paul Neuhuys – Robert Goffin Géo Norge – Achille Chavée – Maurice Carême – Andrée Sodenkamp – Roger Bodart – Jaan Mogin – Liliane Wouters – Guido Gezelle – Karel Van de Woestijne – Karel Jonckheere – Herwig Hensen – Joes de Haes

Danemark : Thomas Kingo – Hans Christian Andersen – N.F.S Grundtvig – Sophus Claussen – Thorkild Bjornvig

Espagne : Saint Jean de la Croix – Lope de Vega – Franscisco de Quevedo – Gustavo Adolfo Bécquer – Miguel de Unamuno – Antonio Machado – Juan Ramon – Pedros Salinas – Jorge Guillén – Federico Garcia Lorca – Rafael Alberti

France : Charles d’Orléans – François Villon – Joachim du Bellay – Pierre de Ronsard – Louise Labé – Jean de la Fontaine – Alphonse de Lamartine – Victor Hugo – Alfred de Musset – Charles Baudelaire – Paul Verlaine Arthur Rimbaud – Paul Fort Mari Noël – Jules Supervielle – Paul Éluard – Louis Aragon – Robert Desnos – Jacques Prévert Maurice Fombeurre – Claude Roy – René Guy Cadou

Grèce : Homère – Aristophane – Constantin Cavafy – Nikos Kazantzakis – Georges Seferis Yannis Ritsos

Irlande :  Samuel Lover Thomas Moore Samuel Ferguson – William Butler Yeats – James Joyce – Eavan Boland

Italie : Virgile – Saint François d’Assise – Dante Alighieri – François Pétrarque – Laurent de Médicis – Michel-Ange Buonarroti – Giacomo Léopardi – Umberto Saba – Dino Campana – Vincenzo Cardarelli – Giuseppe Ungaretti – Eugenio Montale – Salvatore Quasimodo – Valerio Magrelli

Luxembourg :  Paul Palgen – Edmond Dune – José Ensch – Nikolaus – Anise Koltz

Pays-Bas : Pieter Cornelis Boutens – Hendrik Marsman – Remco Campert Judith Herzberg

Portugal : Almeida Garret – Fernando Pessoa – Mario de Sà Carneiro – Miguel Torga


Pour aller plus loin je vous invite à lire (bilingue) la poésie de l’Europe sur ce site (cliquez sur le logo)

Cette chronique de lecture est originellement parue le 24 mars dans Mot à mot…, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Pascale.

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Laura présente Le peu du monde, de Kiki Dimoula

Alors voilà pour la poésie grecque : Kiki Dimoula.

Je l’ai découverte à l’occasion du Printemps des poètes 2010 « Couleur femme ».

C’est chez Poésie Gallimard et on pouvait pour 2 livres achetés dans cette collection (dont j’ai déjà beaucoup de titres), avoir une superbe affiche.

Cette poétesse est née en 1931 à Athènes et publie son premier recueil en 1952. En tout, 12 recueils.

Son œuvre est très liée à la photo, aux poètes métaphysiques tel T.S Eliot, Emily Dickinson ou Donne.

Ses 4 grands thèmes : l’amour, la peur, la mémoire et la nuit.


Le peu du monde, suivi de Je te salue Jamais

Poésie Gallimard, mars 2010, 212 pages, ISBN 978-2070412334

Préface de Nikos Dimou, traduction du grec de Michel Volkovitch

Recueil que j’ai commencé dans le train ce matin.


Un poème que j’ai trouvé sur ce site : http://www.volkovitch.com/F02_31.htm

JUNGLE

Matin et toutes choses au monde

posées

à la distance idéale du duel.

On a choisi les armes,

toujours les mêmes,

tes besoins, mes besoins.

Celui qui devait compter un, deux, trois, feu

était en retard,

en attendant qu’il vienne

assis sur le même bonjour

nous avons regardé la nature.

La campagne en pleine puberté,

la verdure se dévergondait.

Loin des villes Juin poussait des cris

de sauvagerie triomphante.

Il sautait s’accrochant

de branche d’arbre et de sensations

en branche d’arbre et de sensations,

Tarzan de court métrage

pourchassant des fauves invisibles

dans la petite jungle d’une histoire.

La forêt promettait des oiseaux

et des serpents.

Abondance venimeuse de contraires.

La lumière tombait catapulte

sur tout ce qui n’était pas lumière,

et la splendeur érotomane dans sa fureur

embrassait même ce qui n’était pas l’amour,

et jusqu’à ton air morose.

Dans la petite église personne

à part son nom pompeux, Libératrice.

Un Christ affairé comptait

avec une passion d’avare

ses richesses :

clous et épines.

Normal qu’il n’ait pas entendu

les coups de feu.


Une chronique de lecture de Laura, également publiée sur son blog.

Laura de ‘Laura Vanel-Coytte’

Afrique : Œuvre poétique, de Léopold Sédar Senghor (Sénégal).

AmériqueLa centaine d’amour, de Pablo Neruda, poète chilien dont je savais par cœur un des poèmes il y a quelques années.

Asie : Anthologie de Haïkus de poétesses japonaises découverte à l’occasion du printemps des poètes 2010.

Europe : Le peu du monde, suivi de Je te salue Jamais, de Kiki Dimoula, poétesse grecque découverte à l’occasion du Printemps des poètes 2010 « Couleur femme ».

Océanie : Beach Burial, de Kenneth Slessor (Australie)


Catherine présente Le collectionneur, de Christine et Olivier Orban

Le collectionneur est une pièce de théâtre écrite par Christine et Olivier Orban à paraître le 7 janvier 2010 aux éditions Albin Michel (84 pages, 10 €, ISBN 978-2-226-19576-0). Cette pièce est inspirée du roman éponyme de Christine Orban paru aux éditions Albin Michel en 1993 (réédition en même temps que la pièce).


Christine Orban est née à Casablanca (Maroc) mais elle quitte sa famille pour étudier le Droit à Paris. Elle aime les chevaux, l’Art et aurait aimé être psychanalyste. Elle est l’épouse d’Olivier Orban. Monsieur est éditeur et madame est auteur : Les petites filles ne meurent jamais (1986, elle a 25 ans), Le fil de soi (1988), Une année amoureuse dans la vie de Virginia Woolf (1990), La femme adultère (1991), Le collectionneur (1993), Une folie amoureuse (avec Olivier Orban, 1997), L’âme sœur (1998), L’attente (1999), Emmanuel Ungaro (1999), J’étais l’origine du monde (2000), Fringues (2002), Le silence des hommes (2003), La mélancolie du dimanche (2004), Deux fois par semaine (2005), Petites phrases pour traverser la vie en cas de tempête… et par beau temps aussi (recueil de pensées, 2007), N’oublie pas d’être heureuse (2008) et La vie m’a dit… (essai, 2009). Bien que certains titres me disent quelque chose, je ne connaissais pas cette romancière !


Je remercie Gilles Paris de m’avoir envoyé ce livre car j’aime le théâtre mais je n’en lis pas assez souvent (j’ai eu ma période Anouilh, Molière, Ionesco… !) et voilà, le premier livre paru en 2010 que je chronique est du théâtre (c’est un signe !).


Après guerre, Arpad de la Castille vit avec son épouse Olivia dans un manoir en forêt de Fontainebleau. Collectionner les pièces de monnaie anciennes (grecques et romaines) est une telle passion pour lui qu’Olivia en est jalouse.

Un jour Madame Vallière, une vieille dame qui n’a pas d’héritier lui propose une pièce unique au monde : une monnaie romaine en or, frappée par Cléopâtre pour ses trente ans, en cinquante exemplaires uniquement et qui ont été englouties et fondues durant la fête à Tanis (tremblement de terre et irruption volcanique), sauf celle qu’elle a fait envoyer à Marc-Antoine resté à Alexandrie. Quel honneur et quelle aubaine pour Arpad mais il aime la discrétion.

Cependant lors de la visite de leur ami Arthur Lord, Olivia ne peut s’empêcher d’en parler et propose d’inviter le comte Alberoni, un collectionneur émérite.

Lorsque le comte Alberoni, venu tout spécialement de Naples, prend la pièce de monnaie pour l’observer, une panne de courant plonge la maison dans le noir. Mais au retour de la lumière, la pièce a disparu…

Alberoni a-t-il volé la pièce ? Quant à Arpad, il ne vit plus que dans le remords et manque sombrer dans la folie…


Ce récit est un huis-clos, et comme tout huis-clos qui se respecte il est quelque peu oppressant. Les dialogues sont plein de force et le mystère plane sur cette pièce de monnaie. Et qu’est-ce qui est plus important ? Les objets ou les êtres humains ? Posséder des choses ? Ou l’amour, l’amitié, la présence d’êtres chers ?

Cette pièce sera mise en scène par Daniel Benoin (metteur en scène, auteur, comédien) et jouée au Théâtre National de Nice du 20 au 31 janvier (rencontre prévue avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du jeudi 28 janvier) avec les comédiens François Marthouret (Arpad), Nathalie Roussel (Olivia), Jacqueline Scalabrini (Madame Vallière), Paul Chariéras (Arthur) et Jean-Claude Penchenat (comte Alberoni).

De plus une rencontre-dédicace avec Christine Orban est prévue le samedi 23 janvier à 16 heures à la Librairie Jean Jaurès (2 rue Centrale) à Nice.

Si vous aimez le théâtre, dirigez-vous vite vers le défi Théâtre sur les 5 continents !


Si les informations ci-dessus datent un peu, c’est parce que cette chronique de lecture est originellement parue le 5 janvier dans La culture se partage, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Catherine.

Catherine présente La triste fin du petit Enfant Huître, de Tim Burton

La triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires est un recueil de Tim Burton paru aux éditions 10/18 dans la collection Domaine étranger en septembre 2007 (123 pages, illustrations en couleur, 7,40 €, ISBN 978-2-264-02768-9). Une édition spéciale est parue en novembre 2008 aux éditions 10/18 (128 pages, 10 €, ISBN 9782264048738). Traduction de René Belletto (qui a adapté en privilégiant les rimes).

Avec The melancoly death of Oyster Boy & other stories, Tim Burton, extraordinaire réalisateur américain né en août 1958, publiait en 1997 son premier livre qu’il illustrait lui-même.

Lorsque je me suis rendue compte que ces histoires étaient écrites sous la forme de poésie (en vers ou en prose), j’ai tout de suite décidé de les présenter pour le défi Poésie sur les 5 continents pour le continent américain.

Je connais l’univers de Tim Burton à travers ses films colorés, baroques et très originaux, mais j’ai été vraiment surprise par les personnages (pratiquement tous hideux) de ses poésies parce qu’on les croirait tout droit sortis d’un cerveau dérangé (désolée, hein, Tim !). Jugez plutôt : un enfant-robot, un enfant qui a des clous dans les yeux, un enfant tache, un enfant huître, un enfant toxique, un enfant momie, etc. Les filles ne sont pas en reste avec une qui a plusieurs yeux, une qui fixe tout le temps, une faite d’ordures, une qui porte des aiguilles de vaudou, etc.

Les enfants seraient-ils donc tous de monstrueuses créatures ?

Je remarque la présence presque systématique des yeux, l’importance du regard donc, celui que l’on porte sur soi-même et celui des autres.

Monstruosité, cruauté, mort et humour noir sont les maîtres-mots de ce recueil de poésie surprenant !


Trois extraits


Stick Boy and Match Girl in love (pages 10 à 13)

« Stick Boy liked Match Girl,

he liked her a lot.

He liked her cute figure,

he thought she was hot.

But could a flame ever burn

for a match and a stick ?

It dit quite literally ;

he burned up pretty quick. »

Brindille et Allumette amoureux

« Brindille aimait bien Allumette,

il l’aimait vraiment beaucoup,

il adorait sa jolie silhouette,

et il la sentait chaude comme tout.

Mais le feu de la passion peut-il être,

entre une brindille et une allumette ? Eh bien

oui, à la lettre :

il flamba comme rien. »


Roy, the Toxic Boy (page 76-77)

« […]

The one and only time

I ever saw Toxic Boy cry

was when some sodium chloride

got into his eye.

[…]. »

Ludovic, l’Enfant Toxique

« […]

La seule fois, l’unique

où je vis l’Enfant Toxique pleurnicher,

ce fut quand du sérum physiologique

dans son œil alla se nicher.

[…]. »


Junk Girl (pages 98 et 99)

« There once was a girl

who was made up of junk.

She looked really dirty,

and she smelled like a skunk.

[…]. »

La fille faite d’ordures

« Il était une fois une nénette

qui d’ordures était faite.

Elle était vraiment cracra

et puait comme un putois.

[…]. »


Alors ? Est-ce que ça vous a donné envie de découvrir l’univers littéraire et poétique de Tim Burton ?


Cette chronique de lecture est originellement parue le 4 mars dans La culture se partage, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Catherine.

Pascale présente Dharma poèmes, de Park Je-Chun

Dharma poèmes, de Park Je-Chun

Sombres Rets, collection Oriflammes, 80 pages, ISBN 978-2-918265-02-3

Format spécial : 12,5 x 21 cm, 54 poèmes, une vingtaine d’illustrations en noir et blanc de Park Jino

Un livre reçu grâce au partenariat de Blog-o-Book et les éditions Sombres Rets que je remercie pour cette belle découverte poétique.


Quatrième de couverture

La poésie coréenne est mal connue en France. La Corée est pourtant le pays des poètes depuis plusieurs siècles. Aujourd’hui encore, les jeunes Coréens sont des lecteurs qui vénèrent la poésie, et les poètes sont considérés comme des hommes doués d’une sagesse de la vie que nul ne peut leur contester. La tradition, la langue et la culture coréenne étaient déjà porteuses du virus poétique… La société moderne, sa technologie, n’ont pas effacé la tradition poétique, elle l’ont à peine transformée.

Nous présentons, dans ce livre, pour la première fois en français des poèmes du célèbre Park Je-chun, figure centrale du courant actuel de la poésie spiritualiste d’inspiration bouddhiste. Une introduction à ces poèmes présente l’histoire de la poésie coréenne et son rôle dans la société.

Une vingtaine de calligraphies signées Park Jino, artiste et fils du poète, illustrent cet ouvrage.


Mon avis

Je suis une fervente de poésie, j’ai tout particulièrement apprécié de découvrir cette poésie coréenne, comme le précise le résumé ci-dessus, elle est bien mal connue en France. C’est vrai pour moi alors que je connais la poésie chinoise par exemple. Faut-il penser tout simplement  que les traductions françaises n’ont pas eu lieu ? La traduction peut s’avérer très délicate d’autant plus délicate pour de la poésie où les mots font appel tant à la sonorité qu’aux images, d’où souvent une déception « poétique » à lire des traductions car on ne retrouve pas toute la profondeur, tout le charme originel du texte…

Je sais combien la poésie est souvent mal comprise, mal abordée, dénigrée pour ne pas dire, ignorée… Ce monde semble réserver aux âmes sensibles, aux esprits ouverts qui accueillent ces mots si joueurs, avec liberté et les laissent s’exprimer sans vouloir les interpréter…

Voilà comment il faut aussi lire ce livre de poésie, sans tenter de comprendre, mais entendre une voix venue d’ailleurs et simplement se laisser porter par la sensibilité de l’auteur.

Le livre par lui-même est très beau, j’aime beaucoup la couverture très colorée, et toutes les illustrations à l’intérieur. Assurément un joli livre qui nous invite à le parcourir avec beaucoup de plaisir.

L’introduction est forte intéressante, elle nous retrace l’histoire de la poésie coréenne : sur les cendres des poèmes passés, j’ai tout à fait apprécier cette ouverture comme levée de rideau, car je dois dire je ne savais pas du tout où je m’aventurais…

Puis nous avons une présentation de l’auteur, là encore, c’est appréciable d’aborder sa connaissance avant ses mots afin de situer un peu son courant poétique par rapport aux différents courants poétiques coréens définis au préalable.

Pour finir, une présentation de l’illustrateur.

Et commence le voyage par un premier texte : Écrits sur le mur.

D’emblée on ressent une certaine interrogation du poète face à ce monde, une certaine douleur et  révolte, pour rejoindre le rêve, évocation de la nature, lumière, mer, et tant de belles images poétiques comme : Aujourd’hui j’ai mangé à satiété la clarté de la feuille de mots comme des sons d’oiseaux. Et les paroles de l’eau, ni visibles ni audibles.

C’est très beau, subtil, sensoriel, émouvant, frais et parfois sombre, pourtant une grande clarté se dégage de ce recueil comme un apaisement dans le soupir du vers, l’auteur nous murmure en filigrane une grande sagesse à cueillir sous les mots.

Une belle découverte, une poésie différente, qui peut parfois sembler étrange par les répétitions d’un mot dans un même texte, juste ce tout petit point qui m’a déplu dans la lecture, si peu car cela concerne peu de textes.

Les illustrations sont aussi de grande qualité animant les poésies.


Extrait

J’ai beaucoup aimé ce texte parmi tant d’autres.

Premier vers

Je pense que la poésie ne se forme pas

Sur le bout des doigts

Les centaines d’étoiles que nous expédions

Vers le ciel chaque nuit

Retombent sans fin sur la terre,

Comme des flocons de neige

Durant les nuits enneigées.

Les milliers de lunes gravées dans chaque rivière,

Se cachent souvent au fond de l’eau

Lorsque souffle le vent.

Même le bruissement du vent aux oreilles tendues

Est trop faible pour briser le cœur d’un homme ;

Il retourne vers les champs de roseaux

Après cinq ou six minutes, s’enlace en lui-même

Et se lamente. C’est à voir cela, je pense,

Que la poésie sert.


L’auteur

Park Je-chun est l’un des chefs de file du courant spiritualiste proche du bouddhisme Son (Zen). Il a reçu le Modern Literature Prize et a publié de nombreuses anthologies de ses poèmes tels que Les poèmes du Chuangtze, La méthode mentale, Les poèmes de Laotze, Ton nom et mon poème et Dans le douzième enfer de l’Étoile Bleue.

Profondément influencé par le bouddhisme coréen de tendance Son (Zen) et par la mythographie taoïste, il est un savant connaisseur de la littérature classique coréenne et orientale tout autant que de la littérature occidentale.

Ses poèmes se caractérisent par des images puissantes qui émergent peu à peu d’un tourbillon obscur, comme une soudaine intuition, une révélation Zen, à travers le ressassement de mots et de figures d’une simplicité obstinée.

Une grande part de son inspiration, même si elle est puisée à la source de la culture coréenne, demeure au cœur de sa propre personnalité, de ses questionnements qu’on qualifierait en France « d’existentialistes » s’ils n’avaient pas un goût de nihilisme proprement coréen.

***

Pour faire partager cette lecture, je présente ce livre et cet auteur au défi de la Poésie sur les 5 continents, pour l’Asie…


Cette chronique de lecture est originellement parue le 4 mars dans Mot à mot…, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Pascale.

Catherine de ‘La culture se partage’

Bonjour, je suis Catherine de La culture se partage.

Comme c’est moi qui est créé ce défi Théâtre sur les 5 continents, il était temps que je présente ma liste !

À vrai dire, j’ai déjà lu la pièce pour le continent européen mais je ne sais pas encore quoi lire pour les autres continents donc je rajouterai selon mes découvertes et mes lectures.


Afrique : ?

Amérique : ?

Asie : ?

Europe : Le collectionneur, de Christine et Olivier Orban et Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand.

Océanie : ?

Catherine de ‘La culture se partage’

Bonjour, je suis Catherine de La culture se partage.

Comme c’est moi qui est créé ce défi Poésie sur les 5 continents, il était temps que je présente ma liste !

À vrai dire, je ne sais pas encore quoi lire pour les continents africain et océanien (pas d’idée précise) et pour le continent européen (trop d’idées) donc je rajouterai selon mes découvertes et mes lectures.

Afrique : ?

Amérique : États-Unis : La triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires, de Tim Burton

Asie : Japon : sûrement un recueil de haïkus

Europe : France : Silence, la queue du chat balance, de Patrick Bertrand

Océanie : ?

Le Printemps des Poètes 2010

Créé en 1999, le Printemps des Poètes a lieu cette année du 8 au 21 mars et cette 12e édition célébrera la poésie et les femmes.

Plus d’informations sur le site Le Printemps des Poètes avec la poéthèque (moteur de recherche), des poèmes, l’agenda et le programme des événements non seulement en France mais aussi à l’étranger, les prix, etc.


Pascale présente Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, de Pablo Neruda

Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, de Pablo Neruda
suivi de  : Les vers du capitaine
Gallimard, collection Poésie, édition bilingue (espagnol-français), mai 1998, 332 pages
Format : 12 cm x 19 cm – ISBN 2070404218
Traduction : Claude Couffon et Christian Rinderknecht


Le livre se compose donc de 3 œuvres de cet auteur dont le thème est l’amour comme le titre l’indique, mais quoi de surprenant ? Quel poète n’a pas été inspiré par ce grand ravageur de cœur…

Les vers du capitaine ont une histoire, douloureuse à mon avis, la préface commence par une lettre à l’éditeur, la protagoniste de ces vers, détenait tous les originaux, et a voulu les rendre publics, elle-même n’a pas pu donner le nom de l’auteur, car elle ne le connaissait pas, elle dit je l’appelle tout simplement : mon Capitaine… Troublant. Puis si vous allez sur le site indiqué un peu plus bas vous aurez la version de l’auteur (Et maintenant je vais vous raconter l’histoire de ce livre, l’un des plus discutés que j’ai écrit… À lire la suite sur le site).

Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée : premier livre présenté dans le cadre du défi Poésie sur les 5 continents.
Continent Amérique du Sud pour le Chili avec Pablo NERUDA, je n’ai pas cherché longtemps l’auteur que je présenterai puisque je connais Pablo NERUDA pour l’avoir lu souvent et j’apprécie beaucoup sa poésie. Le livre que j’ai lu regroupe donc les Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée et Les vers du capitaine, suivis d’une biographie.

C’est une coïncidence malheureuse quant au séisme qui vient de frapper ce pays, alors que je présente mon premier billet avec le Chili… Une pensée pour tous ces sinistrés.


L’auteur

D’un Neruda à l’autre
De son vrai nom Ricardo Neftali Reyes Basoalto, le poète choisit à 16 ans son nom de lettres ‘Pablo Neruda’ en hommage au poète tchèque Jan Neruda (1834-1891).
(bibiographie reprise sur Evene)
D’origine modeste, le poète chilien Neftali Ricardo Reyes dit Pablo Neruda commence à écrire dès l’adolescence et publie son premier recueil ‘Crépusculaire’ en 1923. Il mène de front une carrière littéraire et politique : sa vie sera marquée par les voyages et l’exil. Dès 1927, Pablo Neruda occupe plusieurs postes consulaires et est élu sénateur des provinces minières du Nord du Chili en 1945. Communiste, les persécutions du président de la République, Gabriel González Videla, l’obligent à fuir son pays. En 1970, il est nommé ambassadeur du Chili du président socialiste Allende. En 1971, il reçoit le prix Nobel de littérature pour une œuvre poétique colossale teintée de lutte politique et de révolte avec le ‘Chant général’ (1950), mais aussi d’un lyrisme délicat avec ‘Vingt poèmes d’amour’ et ‘Une chanson désespérée’ (1924). Neruda est aussi le poète de la terre et de l’amour. Il meurt peu après le putsch militaire de septembre 1973 qui renverse le gouvernement socialiste et instaure la dictature de Pinochet.

Je vous invite à visiter ce site complet dédié à l’auteur, j’ai eu le plaisir de recevoir le lien sur mon blog et je remercie cette belle intention qui m’a permis de découvrir ce lieu que je ne connaissais pas… La magie du Net… Merci.


Mon avis

C’est difficile de donner un avis pertinent quand on aime la poésie autant que je l’aime, toute poésie est jolie et mérite d’être lue, connue et partagée… Pourquoi j’aime NERUDA Pablo… Tout simplement parce que sa poésie me transporte, me plaît et me séduit, c’est beauté, douceur… Où il sait mêler avec merveille ses mots entre terre et chair, entre vent et sentiment, c’est tout à fait surprenant et envoûtant… Cette fusion des éléments naturels avec le corps et l’âme, lisez les extraits et vous comprendrez ce que je ne parviens pas à vous expliquer, d’ailleurs j’ai toujours pensé que la poésie ne s’explique pas, ne se décortique pas, ne se juge pas : elle se lit, elle se vit et que seul l’auteur lui-même est en mesure de la définir… J’ai dû déjà noté ce truc dans un billet quelque part sur ce blog…

Je dirais que lire Pablo NERUDA c’est tout simplement une invitation au voyage…

Ouvrez donc un livre de poésie de cet auteur et vous vous envolez sur l’aile de son talent…

Sur les 3 parties de ce livre je dois dire que j’ai préféré Les vers du Capitaine sans doute pour l’origine de son histoire qui amplifie sa teneur et sa profondeur.


Extraits

Voici le premier texte de ces vingt poèmes d’amour…

« Corps de femme, blanches collines, cuisses blanches,
l’attitude du don te rend pareil au monde.
Mon corps de laboureur sauvage, de son soc
a fait jaillir le fils du profond de la terre.

Je fus comme un tunnel. Déserté des oiseaux,
la nuit m’envahissait de toute sa puissance.
pour survivre j’ai dû te forger comme une arme
et tu es la flèche à mon arc, tu es la pierre dans ma fronde.

Mais passe l’heure de la vengeance, et je t’aime.
Corps de peau et de mousse, de lait avide et ferme.
Ah ! le vase des seins ! Ah ! les yeux de l’absence !
Ah ! roses du pubis ! Ah ! ta voix lente et triste !

Corps de femme, je persisterai dans ta grâce.
Ô soif, désir illimité, chemin sans but !
Courants obscurs où coule une soif éternelle
et la fatigue y coule, et l’infinie douleur. »

Un autre (n° 6)

« Je me souviens de toi telle que tu étais en ce dernier automne :
un simple béret gris avec le cœur en paix.
Dans tes yeux combattaient les feux du crépuscule.
Et les feuilles tombaient sur les eaux de ton âme.

Enroulée à mes bras comme un volubilis,
les feuilles recueillaient ta voix lente et paisible.
Un bûcher de stupeur où ma soif se consume.
Douce jacinthe bleue qui se tord sur mon âme.

Je sens tes yeux qui vont et l’automne est distant :
béret gris, cris d’oiseau, cœur où l’on est chez soi
et vers eux émigraient mes désirs si profonds
et mes baisers tombaient joyeux comme des braises.

Le ciel vu d’un bateau. Les champs vus des collines :
lumière, étang de paix, fumée, ton souvenir.
Au-delà de tes yeux brûlaient les crépuscules.
Sur ton âme tournaient les feuilles de l’automne. »

Et un autre (je pourrais vous mettre tout tant tout me plaît mais je vous laisse le soin de le découvrir)

« Abeille blanche, ivre de miel, toi qui bourdonnes dans mon âme,
tu te tords en lentes spirales de fumée.

Je suis le désespéré, la parole sans écho,
celui qui a tout eu, et qui a tout perdu.

Dernière amarre, en toi craque mon anxiété dernière.
En mon désert tu es la rose ultime.

Ah ! silencieuse !

Ferme tes yeux profonds. La nuit y prend son vol.
Ah ! dénude ton corps de craintive statue.

Tu as des yeux profonds où la nuit bat des ailes.
Et de frais bras de fleur et un giron de rose.

Et tes seins sont pareils à des escargots blancs.
Un papillon de nuit dort posé sur ton ventre.

Ah ! silencieuse !

Voici la solitude et tu en es absente.
Il pleut. Le vent de mer chasse d’errantes mouettes.

L’eau marche les pieds nus par les routes mouillées.
Et la feuille de l’arbre geint, comme un malade.

Abeille blanche, absente, en moi ton bourdon dure.
Tu revis dans le temps, mince et silencieuse.

Ah ! silencieuse ! »


Cette chronique de lecture est originellement parue le 28 février dans Mot à mot…, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Pascale.