Archives de Catégorie: – Amérique

Pascale présente Le sang visible du vitrier, de James Noël

“je suis celui qui se lave les mains avant d’écrire”

Poète-vitrier, né à Hinche (Haïti) en 1978, James Noël est considéré aujourd’hui comme une voix majeure de la littérature haïtienne. Ses poèmes sont dits et mis en musique par des interprètes de renom tels Wooly Saint-Louis Jean, Pierre Brisson et tant d’autres.
Entre un hymne engagé à l’amour et une colère orageuse, se dégage de sa poésie, comme il se plaît à l’appeler, la « métaphore assassine ».


« Un vent salé nous vient du large avec la poésie de James Noël. Poésie toujours à double tranchant, sensuelle et tendre, violente et douce, âpre et sensible, poésie généreuse, soucieuse d’avancer, de partager le lot commun avec ses frères de peine, d’étarquer cette voile déchirée, celle de l’espoir d’un monde meilleur, sans cesse à construire et dont les mots du poète sont souvent les premières pierres. »

Jacques Taurand


Écoutez  des extraits de ce sublime recueil… (sur le blog de Pascale).


Il est toujours délicat de parler de poésie, tellement cette lecture reste une sensation et une émotion personnelles plus qu’un avis de lecteur.

« Nous ne sommes pas de cette rue

ne sommes pas de ce village

sommes pas de ce pays

pas de ce monde »

Dans les mots de James Noël tout se reflète et se fait écho, résonnent les blessures de son île, chante la sensuelle mélopée de l’amour.

Des textes en forme libre, empreints d’une force magistrale, nous emportant sur les hauts des vagues, puis dans l’apaisement de la passion, nous échouons comme enivrés d’un chant venu d’une culture colorée, chaude et sonore.

La spirale poétique tour à tour nous interroge et nous surprend agréablement, dans cette envie de lire à haute voix ces poèmes pour mieux entendre l’écho de l’auteur.

Tout à l’image du vitrier, il joue avec la fragilité et la transparence des mots pour mieux nous offrir la pureté et la clarté d’un instant poétique brodé sur la frange d’une mélodieuse sensibilité.

La brisure se ressent, le tranchant du verre nous effleure, et pointe alors la blessure profonde jaillissant au cœur du texte. Le sang coule dans les ravines d’un vécu, dans l’extrême douceur, l’auteur fait part d’un talent sans pareil à nous partager une certaine impuissance à nous épargner cette écorchure à vif, il y jette des vérités mais avec la délicatesse du poète en exergue : les rues / ces piétons de ma vie / que me circulent de travers / pierres et poussières m’ont lapidé / statue de sel en poudre fine / je suis le corps mort sur l’asphalte / ce fantasme de ma terre rebelle / ma terre de sang / dru maquillage / qui fait la une aux abattoirs.

Sur l’autre face de la vitre se mire la chaleur humaine, le chant sensuel de la passion, l’appel de l’amour dans un rêve sans fin : Le soleil que m’inventent tes seins / m’éclaire en pays de rêve d’allumettes / souffre qu’à la lune je colle une aile / pour maintenir juste équilibre / et que je pose une lampe / chaude confidence / dans un fond caché de la mer.

Il se livre à nu, sans pudeur ni honte, transparence d’une envie de crier au monde entier ce besoin de partager ses maux : Mes maux je vous les livre / jetez les livres puisqu’il ne s’agit pas d’écorce d’encre / ni de sèves bleues de poète d’îles / écartelées / mes maux / je vous les livre / prenez-les au vol / nus / comme des oiseaux sans plume / pour signer un temps / à tire-d’ailes / la lune a froid aux yeux / voilà que je vous parle sans maudire / la tempête cérébrale qui pense la mort / sous le vent / les tremblements de terre / sommant cette terre de ne pas trembler / sous la foulée des ombres folles / voilà que je vous parle / sans maudire / ma terre sur pilotis / avec du sang dans son parterre / terre ligotée.

C’est une poésie bouillonnante et franche, de cœur, de sang et de chair, de douleur et fatalité, d’amour et de passion, de blessures et de larmes, une poésie qui nous chavire et nous bouscule, nous étreint dans les bras d’un amer constat, nous sourit pourtant et nous caresse plus encore, un poète à la plume acérée glissant sur les courbes ondulantes de la vie. Un véritable chant qui se poursuit dans notre souvenir, un petit recueil à ouvrir souvent, à partager, à lire, à chanter.

Un poète à découvrir à lire, ce petit recueil m’a donné cette belle occasion et je remercie vivement les éditions Vents d’ailleurs pour ce très beau livre ainsi que toute l’équipe de Blog-o-Book.

Je vous laisse quelques liens pour affiner la connaissance de jeune poète à l’avenir prometteur.

Un article sur ce recueil : cliquez ici.

Le cœuritoire, le blog de l’auteur : cliquez là.

J’inscris ce livre au défi Poésie sur les 5 continents.


Cette chronique de lecture est originellement parue le 10 octobre dans Mot à mot, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Pascale.

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Lee Rony présente Fungi de Yuggoth, de Lovecraft

Fungi de Yuggoth, de Lovecraft

Traduction de François Truchaud – Illustrations de Jean-Michel Nicollet


Dans l’œuvre de l’auteur de Providence, la poésie tient une place plus importante qu’il n’y paraît. En effet le jeune Howard écrivit ses premiers vers à l’âge de 12 ans : Le grand dieu Pan.

Dans ce recueil nous trouvons 65 poèmes dont les 36 sonnets formant les Fungi de Yuggoth lesquels furent écrits entre le 27 décembre 1929 et le 4 janvier 1930. Dans une lettre adressée à Clark Ashton Smith il écrit : « Vous y trouverez la suggestion de scènes à demi oubliées où qu’on ne peut localiser… Ces pseudo-souvenirs vagues et trompeurs m’ont toujours hantés depuis mon enfance… » Ainsi, vers 6 ou 7 ans, fut-il tourmenté par des cauchemars mettant en scène les « Maigres Bêtes de la Nuit », créatures horrifiantes n’attendant qu’une opportunité pour pénétrer le monde des humains.

Dans ces poèmes – comme dans la plupart des textes de Lovecraft – nous trouvons ce même sentiment de nostalgie pour un ailleurs qui est inaccessible, pour une époque disparue à jamais, si tant est qu’elle ait jamais existé, et, sous-jacente, la menace que la réalité ne soit qu’un masque susceptible de se détacher à tout instant pour révéler une peu plaisante réalité.

Il n’est pas inutile de rappeler les influences que subit Howard : Thomas Gray, James Thomson, Edwin Arlington Robinson et, bien sûr, Poe.


Pour la petite histoire La fiancée de la mer est le seul poème d’amour écrit par HPL, il est en outre unique par l’utilisation de deux personnages, la plupart de ses œuvres mettant en scène un homme seul face à un savoir qui va le détruire mais avec l’impression que cette fin, atroce, est préférable à une vie banale se limitant à la satisfaction des simples instincts fondamentaux ! Facile de formuler le même vœu, du moment qu’il n’engage pas, réellement, notre avenir.


Un court exemple :

« Je mis le livre sous ma veste, m’efforçant

De le dissimuler en un pareil endroit ;

Puis me hâtai à travers les anciennes rues du port

Tournant souvent la tête et allant d’un pas nerveux.

Des fenêtres maussades et furtives, encastrées dans de vieilles briques branlantes

Me lorgnaient bizarrement comme je passais devant elles,

Et, songeant à ce qu’elles abritaient, je désirai jusqu’à la nausée

Apercevoir un coin de ciel pur et bleu, rédempteur.


Personne ne m’avait vu prendre l’objet… pourtant

Un rire pâle résonnait dans ma tête en proie au vertige.

Je soupçonnai alors quels mondes de la nuit et du mal

Étaient aux aguets dans le volume que j’avais convoité.

La route devint étrange, ainsi que les murs, démentiels…

Et loin derrière moi résonnèrent des pas invisibles. »


Bien sûr la traduction ne rend pas les rimes, c’était impossible, ou presque.

J’ai la chance de posséder un exemplaire de la première édition française de ce volume, dédicacée par le traducteur et l’illustrateur.

Actuellement ces poèmes sont disponibles chez Laffont dans la collection Bouquins.


J’ai relu ces vers dans le cadre du défi Poésie sur les 5 continents et ne le regrette pas.


Cette chronique de lecture est originellement parue le 3 avril dans Lire au nid, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Lee Rony.

Laura présente La centaine d’amour, de Pablo Neruda

Pablo Neruda, poète chilien dont je savais par cœur un des poèmes il y a quelques années.


Puisque est double la façon d’être de la vie,

Puisque la parole est une aile du silence,

Et qu’il est dans le feu une moitié de froid.


Moi je t’aime afin de commencer à t’aimer,

Afin de pouvoir recommencer l’infini

Et pour que jamais je ne cesse de t’aimer :

C’est pour cela que je ne t’aime pas encore.


Je t’aime et je ne t’aime pas, c’est comme si

J’avais entre mes deux mains les clés du bonheur

Et un infortuné, un certain destin.


Mon amour a deux existences pour t’aimer.

Pour cela je t’aime quand je ne t’aime pas

Et c’est pour cela que je t’aime quand je t’aime.


Extrait de « La centaine d’amour »


Une présentation de Laura, également publiée sur son blog.

Catherine présente La triste fin du petit Enfant Huître, de Tim Burton

La triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires est un recueil de Tim Burton paru aux éditions 10/18 dans la collection Domaine étranger en septembre 2007 (123 pages, illustrations en couleur, 7,40 €, ISBN 978-2-264-02768-9). Une édition spéciale est parue en novembre 2008 aux éditions 10/18 (128 pages, 10 €, ISBN 9782264048738). Traduction de René Belletto (qui a adapté en privilégiant les rimes).

Avec The melancoly death of Oyster Boy & other stories, Tim Burton, extraordinaire réalisateur américain né en août 1958, publiait en 1997 son premier livre qu’il illustrait lui-même.

Lorsque je me suis rendue compte que ces histoires étaient écrites sous la forme de poésie (en vers ou en prose), j’ai tout de suite décidé de les présenter pour le défi Poésie sur les 5 continents pour le continent américain.

Je connais l’univers de Tim Burton à travers ses films colorés, baroques et très originaux, mais j’ai été vraiment surprise par les personnages (pratiquement tous hideux) de ses poésies parce qu’on les croirait tout droit sortis d’un cerveau dérangé (désolée, hein, Tim !). Jugez plutôt : un enfant-robot, un enfant qui a des clous dans les yeux, un enfant tache, un enfant huître, un enfant toxique, un enfant momie, etc. Les filles ne sont pas en reste avec une qui a plusieurs yeux, une qui fixe tout le temps, une faite d’ordures, une qui porte des aiguilles de vaudou, etc.

Les enfants seraient-ils donc tous de monstrueuses créatures ?

Je remarque la présence presque systématique des yeux, l’importance du regard donc, celui que l’on porte sur soi-même et celui des autres.

Monstruosité, cruauté, mort et humour noir sont les maîtres-mots de ce recueil de poésie surprenant !


Trois extraits


Stick Boy and Match Girl in love (pages 10 à 13)

« Stick Boy liked Match Girl,

he liked her a lot.

He liked her cute figure,

he thought she was hot.

But could a flame ever burn

for a match and a stick ?

It dit quite literally ;

he burned up pretty quick. »

Brindille et Allumette amoureux

« Brindille aimait bien Allumette,

il l’aimait vraiment beaucoup,

il adorait sa jolie silhouette,

et il la sentait chaude comme tout.

Mais le feu de la passion peut-il être,

entre une brindille et une allumette ? Eh bien

oui, à la lettre :

il flamba comme rien. »


Roy, the Toxic Boy (page 76-77)

« […]

The one and only time

I ever saw Toxic Boy cry

was when some sodium chloride

got into his eye.

[…]. »

Ludovic, l’Enfant Toxique

« […]

La seule fois, l’unique

où je vis l’Enfant Toxique pleurnicher,

ce fut quand du sérum physiologique

dans son œil alla se nicher.

[…]. »


Junk Girl (pages 98 et 99)

« There once was a girl

who was made up of junk.

She looked really dirty,

and she smelled like a skunk.

[…]. »

La fille faite d’ordures

« Il était une fois une nénette

qui d’ordures était faite.

Elle était vraiment cracra

et puait comme un putois.

[…]. »


Alors ? Est-ce que ça vous a donné envie de découvrir l’univers littéraire et poétique de Tim Burton ?


Cette chronique de lecture est originellement parue le 4 mars dans La culture se partage, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Catherine.

Pascale présente Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, de Pablo Neruda

Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, de Pablo Neruda
suivi de  : Les vers du capitaine
Gallimard, collection Poésie, édition bilingue (espagnol-français), mai 1998, 332 pages
Format : 12 cm x 19 cm – ISBN 2070404218
Traduction : Claude Couffon et Christian Rinderknecht


Le livre se compose donc de 3 œuvres de cet auteur dont le thème est l’amour comme le titre l’indique, mais quoi de surprenant ? Quel poète n’a pas été inspiré par ce grand ravageur de cœur…

Les vers du capitaine ont une histoire, douloureuse à mon avis, la préface commence par une lettre à l’éditeur, la protagoniste de ces vers, détenait tous les originaux, et a voulu les rendre publics, elle-même n’a pas pu donner le nom de l’auteur, car elle ne le connaissait pas, elle dit je l’appelle tout simplement : mon Capitaine… Troublant. Puis si vous allez sur le site indiqué un peu plus bas vous aurez la version de l’auteur (Et maintenant je vais vous raconter l’histoire de ce livre, l’un des plus discutés que j’ai écrit… À lire la suite sur le site).

Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée : premier livre présenté dans le cadre du défi Poésie sur les 5 continents.
Continent Amérique du Sud pour le Chili avec Pablo NERUDA, je n’ai pas cherché longtemps l’auteur que je présenterai puisque je connais Pablo NERUDA pour l’avoir lu souvent et j’apprécie beaucoup sa poésie. Le livre que j’ai lu regroupe donc les Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée et Les vers du capitaine, suivis d’une biographie.

C’est une coïncidence malheureuse quant au séisme qui vient de frapper ce pays, alors que je présente mon premier billet avec le Chili… Une pensée pour tous ces sinistrés.


L’auteur

D’un Neruda à l’autre
De son vrai nom Ricardo Neftali Reyes Basoalto, le poète choisit à 16 ans son nom de lettres ‘Pablo Neruda’ en hommage au poète tchèque Jan Neruda (1834-1891).
(bibiographie reprise sur Evene)
D’origine modeste, le poète chilien Neftali Ricardo Reyes dit Pablo Neruda commence à écrire dès l’adolescence et publie son premier recueil ‘Crépusculaire’ en 1923. Il mène de front une carrière littéraire et politique : sa vie sera marquée par les voyages et l’exil. Dès 1927, Pablo Neruda occupe plusieurs postes consulaires et est élu sénateur des provinces minières du Nord du Chili en 1945. Communiste, les persécutions du président de la République, Gabriel González Videla, l’obligent à fuir son pays. En 1970, il est nommé ambassadeur du Chili du président socialiste Allende. En 1971, il reçoit le prix Nobel de littérature pour une œuvre poétique colossale teintée de lutte politique et de révolte avec le ‘Chant général’ (1950), mais aussi d’un lyrisme délicat avec ‘Vingt poèmes d’amour’ et ‘Une chanson désespérée’ (1924). Neruda est aussi le poète de la terre et de l’amour. Il meurt peu après le putsch militaire de septembre 1973 qui renverse le gouvernement socialiste et instaure la dictature de Pinochet.

Je vous invite à visiter ce site complet dédié à l’auteur, j’ai eu le plaisir de recevoir le lien sur mon blog et je remercie cette belle intention qui m’a permis de découvrir ce lieu que je ne connaissais pas… La magie du Net… Merci.


Mon avis

C’est difficile de donner un avis pertinent quand on aime la poésie autant que je l’aime, toute poésie est jolie et mérite d’être lue, connue et partagée… Pourquoi j’aime NERUDA Pablo… Tout simplement parce que sa poésie me transporte, me plaît et me séduit, c’est beauté, douceur… Où il sait mêler avec merveille ses mots entre terre et chair, entre vent et sentiment, c’est tout à fait surprenant et envoûtant… Cette fusion des éléments naturels avec le corps et l’âme, lisez les extraits et vous comprendrez ce que je ne parviens pas à vous expliquer, d’ailleurs j’ai toujours pensé que la poésie ne s’explique pas, ne se décortique pas, ne se juge pas : elle se lit, elle se vit et que seul l’auteur lui-même est en mesure de la définir… J’ai dû déjà noté ce truc dans un billet quelque part sur ce blog…

Je dirais que lire Pablo NERUDA c’est tout simplement une invitation au voyage…

Ouvrez donc un livre de poésie de cet auteur et vous vous envolez sur l’aile de son talent…

Sur les 3 parties de ce livre je dois dire que j’ai préféré Les vers du Capitaine sans doute pour l’origine de son histoire qui amplifie sa teneur et sa profondeur.


Extraits

Voici le premier texte de ces vingt poèmes d’amour…

« Corps de femme, blanches collines, cuisses blanches,
l’attitude du don te rend pareil au monde.
Mon corps de laboureur sauvage, de son soc
a fait jaillir le fils du profond de la terre.

Je fus comme un tunnel. Déserté des oiseaux,
la nuit m’envahissait de toute sa puissance.
pour survivre j’ai dû te forger comme une arme
et tu es la flèche à mon arc, tu es la pierre dans ma fronde.

Mais passe l’heure de la vengeance, et je t’aime.
Corps de peau et de mousse, de lait avide et ferme.
Ah ! le vase des seins ! Ah ! les yeux de l’absence !
Ah ! roses du pubis ! Ah ! ta voix lente et triste !

Corps de femme, je persisterai dans ta grâce.
Ô soif, désir illimité, chemin sans but !
Courants obscurs où coule une soif éternelle
et la fatigue y coule, et l’infinie douleur. »

Un autre (n° 6)

« Je me souviens de toi telle que tu étais en ce dernier automne :
un simple béret gris avec le cœur en paix.
Dans tes yeux combattaient les feux du crépuscule.
Et les feuilles tombaient sur les eaux de ton âme.

Enroulée à mes bras comme un volubilis,
les feuilles recueillaient ta voix lente et paisible.
Un bûcher de stupeur où ma soif se consume.
Douce jacinthe bleue qui se tord sur mon âme.

Je sens tes yeux qui vont et l’automne est distant :
béret gris, cris d’oiseau, cœur où l’on est chez soi
et vers eux émigraient mes désirs si profonds
et mes baisers tombaient joyeux comme des braises.

Le ciel vu d’un bateau. Les champs vus des collines :
lumière, étang de paix, fumée, ton souvenir.
Au-delà de tes yeux brûlaient les crépuscules.
Sur ton âme tournaient les feuilles de l’automne. »

Et un autre (je pourrais vous mettre tout tant tout me plaît mais je vous laisse le soin de le découvrir)

« Abeille blanche, ivre de miel, toi qui bourdonnes dans mon âme,
tu te tords en lentes spirales de fumée.

Je suis le désespéré, la parole sans écho,
celui qui a tout eu, et qui a tout perdu.

Dernière amarre, en toi craque mon anxiété dernière.
En mon désert tu es la rose ultime.

Ah ! silencieuse !

Ferme tes yeux profonds. La nuit y prend son vol.
Ah ! dénude ton corps de craintive statue.

Tu as des yeux profonds où la nuit bat des ailes.
Et de frais bras de fleur et un giron de rose.

Et tes seins sont pareils à des escargots blancs.
Un papillon de nuit dort posé sur ton ventre.

Ah ! silencieuse !

Voici la solitude et tu en es absente.
Il pleut. Le vent de mer chasse d’errantes mouettes.

L’eau marche les pieds nus par les routes mouillées.
Et la feuille de l’arbre geint, comme un malade.

Abeille blanche, absente, en moi ton bourdon dure.
Tu revis dans le temps, mince et silencieuse.

Ah ! silencieuse ! »


Cette chronique de lecture est originellement parue le 28 février dans Mot à mot…, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Pascale.