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Pascale présente Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, de Pablo Neruda

Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, de Pablo Neruda
suivi de  : Les vers du capitaine
Gallimard, collection Poésie, édition bilingue (espagnol-français), mai 1998, 332 pages
Format : 12 cm x 19 cm – ISBN 2070404218
Traduction : Claude Couffon et Christian Rinderknecht


Le livre se compose donc de 3 œuvres de cet auteur dont le thème est l’amour comme le titre l’indique, mais quoi de surprenant ? Quel poète n’a pas été inspiré par ce grand ravageur de cœur…

Les vers du capitaine ont une histoire, douloureuse à mon avis, la préface commence par une lettre à l’éditeur, la protagoniste de ces vers, détenait tous les originaux, et a voulu les rendre publics, elle-même n’a pas pu donner le nom de l’auteur, car elle ne le connaissait pas, elle dit je l’appelle tout simplement : mon Capitaine… Troublant. Puis si vous allez sur le site indiqué un peu plus bas vous aurez la version de l’auteur (Et maintenant je vais vous raconter l’histoire de ce livre, l’un des plus discutés que j’ai écrit… À lire la suite sur le site).

Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée : premier livre présenté dans le cadre du défi Poésie sur les 5 continents.
Continent Amérique du Sud pour le Chili avec Pablo NERUDA, je n’ai pas cherché longtemps l’auteur que je présenterai puisque je connais Pablo NERUDA pour l’avoir lu souvent et j’apprécie beaucoup sa poésie. Le livre que j’ai lu regroupe donc les Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée et Les vers du capitaine, suivis d’une biographie.

C’est une coïncidence malheureuse quant au séisme qui vient de frapper ce pays, alors que je présente mon premier billet avec le Chili… Une pensée pour tous ces sinistrés.


L’auteur

D’un Neruda à l’autre
De son vrai nom Ricardo Neftali Reyes Basoalto, le poète choisit à 16 ans son nom de lettres ‘Pablo Neruda’ en hommage au poète tchèque Jan Neruda (1834-1891).
(bibiographie reprise sur Evene)
D’origine modeste, le poète chilien Neftali Ricardo Reyes dit Pablo Neruda commence à écrire dès l’adolescence et publie son premier recueil ‘Crépusculaire’ en 1923. Il mène de front une carrière littéraire et politique : sa vie sera marquée par les voyages et l’exil. Dès 1927, Pablo Neruda occupe plusieurs postes consulaires et est élu sénateur des provinces minières du Nord du Chili en 1945. Communiste, les persécutions du président de la République, Gabriel González Videla, l’obligent à fuir son pays. En 1970, il est nommé ambassadeur du Chili du président socialiste Allende. En 1971, il reçoit le prix Nobel de littérature pour une œuvre poétique colossale teintée de lutte politique et de révolte avec le ‘Chant général’ (1950), mais aussi d’un lyrisme délicat avec ‘Vingt poèmes d’amour’ et ‘Une chanson désespérée’ (1924). Neruda est aussi le poète de la terre et de l’amour. Il meurt peu après le putsch militaire de septembre 1973 qui renverse le gouvernement socialiste et instaure la dictature de Pinochet.

Je vous invite à visiter ce site complet dédié à l’auteur, j’ai eu le plaisir de recevoir le lien sur mon blog et je remercie cette belle intention qui m’a permis de découvrir ce lieu que je ne connaissais pas… La magie du Net… Merci.


Mon avis

C’est difficile de donner un avis pertinent quand on aime la poésie autant que je l’aime, toute poésie est jolie et mérite d’être lue, connue et partagée… Pourquoi j’aime NERUDA Pablo… Tout simplement parce que sa poésie me transporte, me plaît et me séduit, c’est beauté, douceur… Où il sait mêler avec merveille ses mots entre terre et chair, entre vent et sentiment, c’est tout à fait surprenant et envoûtant… Cette fusion des éléments naturels avec le corps et l’âme, lisez les extraits et vous comprendrez ce que je ne parviens pas à vous expliquer, d’ailleurs j’ai toujours pensé que la poésie ne s’explique pas, ne se décortique pas, ne se juge pas : elle se lit, elle se vit et que seul l’auteur lui-même est en mesure de la définir… J’ai dû déjà noté ce truc dans un billet quelque part sur ce blog…

Je dirais que lire Pablo NERUDA c’est tout simplement une invitation au voyage…

Ouvrez donc un livre de poésie de cet auteur et vous vous envolez sur l’aile de son talent…

Sur les 3 parties de ce livre je dois dire que j’ai préféré Les vers du Capitaine sans doute pour l’origine de son histoire qui amplifie sa teneur et sa profondeur.


Extraits

Voici le premier texte de ces vingt poèmes d’amour…

« Corps de femme, blanches collines, cuisses blanches,
l’attitude du don te rend pareil au monde.
Mon corps de laboureur sauvage, de son soc
a fait jaillir le fils du profond de la terre.

Je fus comme un tunnel. Déserté des oiseaux,
la nuit m’envahissait de toute sa puissance.
pour survivre j’ai dû te forger comme une arme
et tu es la flèche à mon arc, tu es la pierre dans ma fronde.

Mais passe l’heure de la vengeance, et je t’aime.
Corps de peau et de mousse, de lait avide et ferme.
Ah ! le vase des seins ! Ah ! les yeux de l’absence !
Ah ! roses du pubis ! Ah ! ta voix lente et triste !

Corps de femme, je persisterai dans ta grâce.
Ô soif, désir illimité, chemin sans but !
Courants obscurs où coule une soif éternelle
et la fatigue y coule, et l’infinie douleur. »

Un autre (n° 6)

« Je me souviens de toi telle que tu étais en ce dernier automne :
un simple béret gris avec le cœur en paix.
Dans tes yeux combattaient les feux du crépuscule.
Et les feuilles tombaient sur les eaux de ton âme.

Enroulée à mes bras comme un volubilis,
les feuilles recueillaient ta voix lente et paisible.
Un bûcher de stupeur où ma soif se consume.
Douce jacinthe bleue qui se tord sur mon âme.

Je sens tes yeux qui vont et l’automne est distant :
béret gris, cris d’oiseau, cœur où l’on est chez soi
et vers eux émigraient mes désirs si profonds
et mes baisers tombaient joyeux comme des braises.

Le ciel vu d’un bateau. Les champs vus des collines :
lumière, étang de paix, fumée, ton souvenir.
Au-delà de tes yeux brûlaient les crépuscules.
Sur ton âme tournaient les feuilles de l’automne. »

Et un autre (je pourrais vous mettre tout tant tout me plaît mais je vous laisse le soin de le découvrir)

« Abeille blanche, ivre de miel, toi qui bourdonnes dans mon âme,
tu te tords en lentes spirales de fumée.

Je suis le désespéré, la parole sans écho,
celui qui a tout eu, et qui a tout perdu.

Dernière amarre, en toi craque mon anxiété dernière.
En mon désert tu es la rose ultime.

Ah ! silencieuse !

Ferme tes yeux profonds. La nuit y prend son vol.
Ah ! dénude ton corps de craintive statue.

Tu as des yeux profonds où la nuit bat des ailes.
Et de frais bras de fleur et un giron de rose.

Et tes seins sont pareils à des escargots blancs.
Un papillon de nuit dort posé sur ton ventre.

Ah ! silencieuse !

Voici la solitude et tu en es absente.
Il pleut. Le vent de mer chasse d’errantes mouettes.

L’eau marche les pieds nus par les routes mouillées.
Et la feuille de l’arbre geint, comme un malade.

Abeille blanche, absente, en moi ton bourdon dure.
Tu revis dans le temps, mince et silencieuse.

Ah ! silencieuse ! »


Cette chronique de lecture est originellement parue le 28 février dans Mot à mot…, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Pascale.

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