Archives Mensuelles: décembre 2010

Catherine présente Le chat du rabbin, de Joann Sfar

J’ai lu cette série de bande dessinée durant le weekend de Pâques – pur hasard, aucun lien de cause à effet, juste que j’avais deux heures de libre – mais je n’avais pas encore publié ma note de lecture…

Tome 1 : La Bar-Mitsva

Dargaud – Poisson Pilote, avril 2002, 48 pages, 10,95 €, ISBN 2-205-05207-1

Préface d’Eliette Abécassis : « […] C’est à la fois une poésie, un conte pour adulte, et une discussion intelligente, pondérée, et drôle, du judaïsme. […]. » (page 2).

Dès les premières cases, j’adore : « Chez les Juifs, on n’aime pas trop les chiens. Un chien, ça vous mord, ça vous court après, ça aboie. Et ça fait tellement longtemps que les Juifs se font mordre, courir après ou aboyer dessus que, finalement, ils préfèrent les chats. Enfin, pour les autres Juifs, je ne sais pas, mais mon maître, lui, il dit ça. Je suis le chat du rabbin. » (page 3). Eh oui, c’est un chat qui raconte cette histoire, un chat gris aux yeux verts, un chat plein d’humour, parfois cynique, souvent subtil, un chat « complètement libre » qui sait lire et qui veut étudier la Kabbale, un chat qui veut faire sa Bar-Mitsva ! Un chat qui aime sa maîtresse, Zlabya, la fille unique du rabbin (veuf), un chat qui pour obtenir la parole a dévoré le perroquet : « Cet oiseau parle sans cesse, qui n’a rien à raconter. » (page 7) ! « Zlabya, ma fille, il y a eu un miracle : le chat parle ! – Oh ! Papa, c’est merveilleux ! – Oui, mais il y a un grand malheur, aussi. – Quoi donc ? – Il ne dit que des mensonges. » (page 10). Un chat qui observe les quatre élèves de son maître et qui découvre leurs défauts, leurs vilénies, leurs mensonges. Mais humains et chat ne se ressemblent-ils pas ?

J’adore ! Il faut absolument que j’embraie sur le tome 2 !


Tome 2 : Le Malka des lions

Dargaud – Poisson Pilote, avril 2003, 48 pages, 10,95 €, ISBN 2-205-05369-8

Préface de Fellag : « Ce chat iconoclaste a une conscience des problèmes humains qui dépasse de loin celle des humains eux-mêmes. […]. » (page 2).

Le rabbin a reçu deux lettres ce matin. L’une est du Malka des lions, un cousin qui va leur rendre visite : Zlabya et ses copines sont en ébullition ! L’autre est de Paris car le rabbin doit faire une dictée pour prouver qu’il est bon en français et « être agréé par le consistoire des Juifs de France » (en un mot garder le poste de rabbin qu’il occupe depuis trente ans). J’avais oublié de dire que l’histoire se déroule en Algérie. La dictée ne se passe pas très bien… Le chat, voulant aider son maître, invoque le nom de Dieu en sachant très bien que c’est interdit et perd l’usage de la parole… Heureusement le cousin arrive, accompagné de son lion porte-bonheur !
Arrive aussi le petit-fils d’un voisin mourant, un charmant jeune homme qui plaît bien à Zlabya mais qui doit « entrer en fonction ici-même dans quelques semaines » ! S’en est trop pour le rabbin qui part se recueillir sur la tombe de Messaoud Sfar, son ancêtre, toujours de bon conseil. En chemin, le rabbin et le chat rencontrent Cheikh Mohammed Sfar, un vieil arabe qui voyage à dos d’âne et qui est aussi un descendant de Messaoud Sfar.
 

Ce tome 2 est aussi amusant que le premier et le chat (le lecteur aussi) apprend beaucoup de choses sur les traditions juives, sur l’amitié fraternelle entre les Juifs et les Arabes (ancêtre commun), mais curieusement il ne parle plus de faire sa Bar-Mitsva.


Tome 3 : L’exode

Dargaud – Poisson Pilote, octobre 2003, 48 pages, 10,95 €, ISBN 2-205-05497-X

Préface de Georges Moustaki : « […] Je me réjouis de constater que, dans l’œuvre de Sfar, les valeurs
philosophiques et l’art de vivre de la minorité judéo-méditerranéenne dans laquelle a baigné mon enfance ont gardé toutes leurs lettres de noblesse. […]. » (page 2).
 

Ouf, Abraham a conservé son poste de rabbin, le jeune homme de Paris étant là pour une autre synagogue. Mais il épouse Zlabya et l’emmène à Paris en voyage de noces et pour la présenter à ses parents et à ses sœurs. Le rabbin et le chat sont bien sûr du voyage. Mais le chat n’a toujours pas retrouvé la parole. Le rabbin s’est mis en tête de retrouver un neveu, Raymond Rebibo, un grand chanteur à ce qu’il dit… L’exode, c’est-à-dire le voyage jusqu’à Paris via Marseille, ne se déroule pas comme prévu : déjà il pleut des trombes d’eau à Paris (c’est gris, c’est moche) et en plus le rabbin refuse de loger chez les parents de son gendre qui ne respectent pas le Shabbath et les traditions juives. Il fuit sous la pluie (le chat le suit), se réfugie trempé dans une église catholique (la synagogue était fermée et l’hôtel l’a refusé). Le chat fait la connaissance d’un chien (un corniaud) et le rabbin retrouve son neveu chanteur. Voici une aventure rocambolesque comme on peut en vivre à Paris ! Le rabbin, Zlabya et le chat découvrent la vie européenne, la religion catholique, la nourriture non-casher, les soirées parisiennes…

C’est toujours drôle, mais je suis déçue que le chat ne parle plus…


Tome 4 : Le paradis terrestre

Dargaud – Poisson Pilote, septembre 2005, 52 pages, 10,95 €, ISBN 2-205-05725-1

Préface de Jean « Moebius » Giraud : « […] Joann Sfar […] fait partie de ces gens d’âme dont le rôle est de raconter des histoires qui donnent du sens aux histoires que leurs aînés leur ont racontées. […]. » (page 3).

Le rabbin est en voyage à Oran ; le chat « traîne » avec le cousin Malka et son lion qui traversent le désert et se donnent en spectacle de village en village, mais ils sont suivis par un serpent qui effraie le chat. Le Malka est vieux, le lion aussi, et ils ont moins de succès qu’avant en ce qui concerne la « protection des habitants » mais le Malka charme toujours autant avec ses histoires (comme celle d’un prince des montagnes qui l’a entendu chanter en plusieurs langues en plein désert et avec qui il est devenu ami). Pourtant la vie entre les communautés a changé depuis que l’abbé Lambert a tenu un discours de haine contre les Juifs et les Arabes… Il « s’habille en homme de Dieu, mais ce n’est pas un bon chrétien. » (page 40). « […] en douce, il leur disait que leurs malheurs, c’était la faute des Juifs. […] il leur expliquait que tous leurs soucis, c’était la faute des Arabes. » (page 41). Des heures sombres approchent, peut-être même une guerre, mais Abraham Sfar, le rabbin enseigne à ses étudiants « Tu auras passé des années à préparer une guerre, à t’endurcir, et le jour où on viendra te tuer, tu mourras tout de même. Crois-moi, il vaut mieux employer ton temps dans l’étude. » (page 50).

Si seulement les hommes avaient étudié et travaillé au lieu de faire la guerre… Drôle, philosophique, poétique même, dommage que le chat ne soit plus le personnage central.


Tome 5 : Jérusalem d’Afrique

Dargaud – Poisson Pilote, décembre 2006, 84 pages, 12,50 €, ISBN 2-205-05868-1

Préface de Philippe Val : « Je pense comme toi. Au contraire de l’amitié entre les hommes, l’amitié entre les peuples n’existe pas. […]. » (page 3).

Le chat continue d’observer le monde des humains. « Je crois qu’elle n’est pas heureuse avec lui. Tant mieux. Elle s’occupe plus de moi. » (page 6).

Le mari de Zlabya se fait livrer une énorme caisse pleine de livres juifs en provenance de Russie mais à l’intérieur au milieu des livres, il y a un Russe que tout le monde croit mort ! Que faire ? Comment ces Séfarades vont-ils enterrer un Ashkénase ? L’homme est -il même juif ?

« Elle est jolie, ta fille. – Oh, toi, on ne comprend rien à ce que tu dis, alors ça ne sert à rien de parler. » (page 18). Le Russe raconte la vie en Russie, la Révolution… Mais personne ne l’écoute, personne ne le comprend. « Écoute, mon ami, ferme-la. Quand tu parles, je comprends rien. Tais-toi ! » (page 20).

Heureusement, le Russe et le chat se comprennent, et le rabbin trouve à l’église orthodoxe un riche russe qui sert de traducteur. Le Russe a quitté son pays et veut aller en Éthiopie à la recherche des Juifs noirs, les descendants de la Reine de Saba. Des Juifs noirs ? Impossible !

Allez, tout le monde part en Afrique, le Russe, le riche qui paye les frais de l’expédition, le rabbin, son gendre et son chat, et puis aussi le Cheikh Mohammed Sfar, en pélerinage comme chaque année sur la tombe de l’ancêtre commun avec son âne.

« Croyez-moi, notre Dieu n’est pas haineux. Il aime la science et les Arts. Il n’est jamais aussi heureux que lorsque ses enfants sont paisibles. Quel dommage qu’il laisse tant d’ignorants parler en son nom. » (page 51).

Un album riche, plus épais, plein d’humour, de violence, de peinture et d’aventures.

Un hommage à Tintin, page 67, au Congo belge, avec un Tintin exécrable et accompagné d’un chien stupide !

Et puis l’amour pour le beau jeune homme russe avec une jeune et jolie serveuse noire prête à le suivre au bout du monde !

La suite « bientôt dans une tragédie érotique intitulée Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi ! ». Mais ça fait un bout de temps qu’il est attendu, ce tome 6 !!! D’autant plus que l’intégrale des 5 albums vient de paraître chez Dargaud. Alors finalement, un tome 6 ou pas ?

Une série que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire et que je conseille à tous pour passer un excellent moment de lecture.

Et voici 5 tomes d’un coup pour le Challenge BD de Mr Zombi et pour le Challenge PAL sèches de Mo’.


Cette chronique de lecture est originellement parue le 8 décembre 2010 dans La culture se partage, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Catherine.

 

 

 

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Catherine présente Aya de Yopougon, de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie

Aya de Yopougon est une série de bandes dessinées de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie qui paraît aux éditions Gallimard/Bayou.

On me conseille cette série depuis longtemps. Je me lance enfin avec ce tome 1 paru en novembre 2005 aux éditions Gallimard/Bayou (105 pages, 15 €, ISBN 978-2-07-057311-7). Il est préfacé par Anna Gavalda. Il a reçu le Prix du meilleur album à Angoulême en 2006.

Marguerite Abouet est née à Abidjan en 1971 et a vécu dans le quartier de Yopougon, mais elle a étudié en France où un grand-oncle l’hébergeait avec son frère aîné.

Clément Oubrerie est né à Paris en 1966 et a étudié l’Art avant de partir deux ans aux États-Unis. Depuis son retour en France, il est illustrateur (ouvrages pour la jeunesse) et a fondé La Station (un studio d’animation). Il joue aussi de la batterie dans un groupe de funk et a déjà voyagé en Côte d’Ivoire (ça aide pour illustrer cette bande dessinée !). Plus d’infos sur son site officiel et sur son blog, La marge brute.


1978, à Yopougon (surnommé Yop City), quartier populaire d’Abidjan, en Côte d’Ivoire.

Aya a 19 ans.

Ignace, son père, est cadre à la Solibra (fabrique de bières), Fanta, sa mère, est assistante de direction chez Singer (et guérisseuse) et elle a un petit frère, Fofana.

Adjoua et Bintou sont ses deux meilleures amies.

Pendant qu’Adjoua et Bintou sortent danser et se faire draguer au Ça va chauffer (« Elle est D.I.S.C.O. […] ») ou au Secouez-vous, Aya préfère étudier plutôt que se retrouver en « série C » (coiffure, couture et chasse au mari !). Elle aimerait être médecin mais son père préfèrerait la marier, en particulier au fils du patron mais le fils du patron ne pense qu’à s’amuser.

Lorsqu’Ignace reçoit une promotion, il devient représentant mais du coup il est toujours sur les routes…

Adjoua tombe enceinte.


Petite réflexion par rapport à ce que dit Anna Gavalda dans la préface : j’ai remis cette histoire dans le contexte de l’époque c’est-à-dire en 1978. Je pense que – comme tous les pays du monde – la Côte d’Ivoire a changé depuis toutes ces années. Et puis est-ce que ça s’appelle être « très maligne » de se retrouver enceinte alors qu’on ne s’y attend pas et d’épouser un gars idiot qui n’est même pas le père du bébé ?

Enfin, je ne me suis pas attardée à cette préface et j’ai beaucoup aimé ce premier tome. C’est vivant, c’est frais et c’est drôle ! Il est possible de voir les cinq premières pages sur le site de l’éditeur.

Bon, il va falloir essayer le gnaman koudji (jus de gingembre) et la sauce arachide ! Et aussi lire la suite d’Aya de Yopougon !

Le tome 6 paraît d’ailleurs demain.

Je présente cette bande dessinée pour les deux défis BD auxquels je participe : le Challenge BD de Mr Zombi et le Challenge PAL sèche de Mo’.

 

Cette chronique de lecture est originellement parue le 24 novembre 2010 dans La culture se partage, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Catherine.