Lee Rony présente Fungi de Yuggoth, de Lovecraft

Fungi de Yuggoth, de Lovecraft

Traduction de François Truchaud – Illustrations de Jean-Michel Nicollet


Dans l’œuvre de l’auteur de Providence, la poésie tient une place plus importante qu’il n’y paraît. En effet le jeune Howard écrivit ses premiers vers à l’âge de 12 ans : Le grand dieu Pan.

Dans ce recueil nous trouvons 65 poèmes dont les 36 sonnets formant les Fungi de Yuggoth lesquels furent écrits entre le 27 décembre 1929 et le 4 janvier 1930. Dans une lettre adressée à Clark Ashton Smith il écrit : « Vous y trouverez la suggestion de scènes à demi oubliées où qu’on ne peut localiser… Ces pseudo-souvenirs vagues et trompeurs m’ont toujours hantés depuis mon enfance… » Ainsi, vers 6 ou 7 ans, fut-il tourmenté par des cauchemars mettant en scène les « Maigres Bêtes de la Nuit », créatures horrifiantes n’attendant qu’une opportunité pour pénétrer le monde des humains.

Dans ces poèmes – comme dans la plupart des textes de Lovecraft – nous trouvons ce même sentiment de nostalgie pour un ailleurs qui est inaccessible, pour une époque disparue à jamais, si tant est qu’elle ait jamais existé, et, sous-jacente, la menace que la réalité ne soit qu’un masque susceptible de se détacher à tout instant pour révéler une peu plaisante réalité.

Il n’est pas inutile de rappeler les influences que subit Howard : Thomas Gray, James Thomson, Edwin Arlington Robinson et, bien sûr, Poe.


Pour la petite histoire La fiancée de la mer est le seul poème d’amour écrit par HPL, il est en outre unique par l’utilisation de deux personnages, la plupart de ses œuvres mettant en scène un homme seul face à un savoir qui va le détruire mais avec l’impression que cette fin, atroce, est préférable à une vie banale se limitant à la satisfaction des simples instincts fondamentaux ! Facile de formuler le même vœu, du moment qu’il n’engage pas, réellement, notre avenir.


Un court exemple :

« Je mis le livre sous ma veste, m’efforçant

De le dissimuler en un pareil endroit ;

Puis me hâtai à travers les anciennes rues du port

Tournant souvent la tête et allant d’un pas nerveux.

Des fenêtres maussades et furtives, encastrées dans de vieilles briques branlantes

Me lorgnaient bizarrement comme je passais devant elles,

Et, songeant à ce qu’elles abritaient, je désirai jusqu’à la nausée

Apercevoir un coin de ciel pur et bleu, rédempteur.


Personne ne m’avait vu prendre l’objet… pourtant

Un rire pâle résonnait dans ma tête en proie au vertige.

Je soupçonnai alors quels mondes de la nuit et du mal

Étaient aux aguets dans le volume que j’avais convoité.

La route devint étrange, ainsi que les murs, démentiels…

Et loin derrière moi résonnèrent des pas invisibles. »


Bien sûr la traduction ne rend pas les rimes, c’était impossible, ou presque.

J’ai la chance de posséder un exemplaire de la première édition française de ce volume, dédicacée par le traducteur et l’illustrateur.

Actuellement ces poèmes sont disponibles chez Laffont dans la collection Bouquins.


J’ai relu ces vers dans le cadre du défi Poésie sur les 5 continents et ne le regrette pas.


Cette chronique de lecture est originellement parue le 3 avril dans Lire au nid, blog sur lequel vous pouvez lire d’autres articles de Lee Rony.

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Publié le 5 avril 2010, dans - Amérique, Poésie, et tagué , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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